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La professionnalisation du football féminin : une réalité lointaine ? - Sport et citoyenneté

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La professionnalisation du football féminin :

une réalité lointaine ?

 

 

Longtemps interdit, le football féminin connaît une progression et une diffusion en hausse depuis les années 2000. Malgré ces progrès, la professionnalisation des joueuses, y compris dans les championnats d’élite, demeure un enjeu plus qu’une réalité.

Par Alexandre Diallo, Chercheur associé, École des hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)

 

Les rares données disponibles montrent une très forte segmentation du marché du travail des joueuses. Selon une enquête de la FIFPro sur les conditions de travail des joueuses (2017)[1], il existe trois groupes distincts de footballeuses. Le premier groupe comprend les joueuses qui n’ont pas de contrat et pas de protection. La majorité des joueuses ont un statut indéfini, à mi-chemin entre amateurisme et professionnalisme. Enfin, un troisième groupe restreint est composé de professionnelles reconnues, qui ont des conditions d’emploi stable. L’analyse des salaires des joueuses montre aussi l’existence de très fortes inégalités. Avec un salaire annuel moyen de 49 782 $, la Division 1 féminine est le championnat le plus rémunérateur dans le monde devant les championnats allemands (43 730 $), anglais (35 355 $) et américains (27 054 $). Le niveau des salaires moyens des joueuses de l’Olympique Lyonnais (162 000 €) et du PSG (127 000 €) explique la place du championnat français[2] (Sporting Intelligence, 2017). L’enquête de la FIFPro permet d’approfondir l’analyse en intégrant les salaires déclarés par un ensemble représentatif de joueuses. 60 % des joueuses gagnent entre 1 $ et 600 $ par mois, tandis que seulement 1 % des joueuses perçoivent plus de 8000 $ par mois.

 

« 60% des joueuses dans le monde gagnent moins de 600 $ par mois »

 

L’analyse de la situation contractuelle des joueuses évoluant en première et deuxième division française permet de comprendre la coexistence de statuts juridiques opposés. Deux types de joueuses s’y côtoient. Le premier cas est celui de la joueuse ayant signé un contrat fédéral. Il s’agit d’une sportive qui met « à disposition d’un club de football de division 1 ou 2 contre rémunération ses compétences et son potentiel physique en vue de participer aux compétitions. » L’article 2.1 du statut de la joueuse fédérale ajoute que « la joueuse fédérale est une salariée occupant un emploi dans le secteur du football ». Bien qu’évoluant en première ou deuxième division et s’entraînant plusieurs fois par semaine, la majorité des joueuses ne signent pas de contrat fédéral et ont un statut de semi-professionnelle. Le nombre important de joueuses évoluant dans l’élite, mais ne disposant pas de contrat, peut être rapproché d’une spécificité du football féminin : contrairement à leurs homologues masculins, il n’y a pas de championnat féminin de football professionnel. En effet, les principaux championnats (anglais, français, australien, allemand, américain ou japonais) demeurent semi-professionnels.

 

Ce bref examen nous montre que la professionnalisation du football féminin est une réalité lointaine pour la majorité des joueuses évoluant au plus haut niveau. La multiplication de clubs professionnels, disposant d’équipes professionnelles masculines et féminines, peut néanmoins accélérer une professionnalisation encore émergente et améliorer des conditions de travail.

 

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[1] FIFPro Global Employment Report 2017: Working Conditions in professional Women’s Football, disponible sur www.fifpro.org

[2] Voir à ce sujet l’enquête annuelle Global Sport Salaries 2017 de l’agence Sporting Intelligence

 

Retrouvez cet article dans la revue Sport et Citoyenneté n° 46 Sport et Genre



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