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La « vie active » ? Les enjeux de la lutte
contre la sédentarité au travail

 

Paradoxalement, l’entrée dans la vie active contribue à créer de l’inactivité physique ! Progressivement, la sédentarité est venue ankyloser un univers du travail qui s’organise désormais pour freiner cette pandémie…

 

 

 

Par Julien Pierre, maître de conférences, et Lilian Pichot, maître de conférences HDR

 

 

 

L’Homo sapiens est apparu il y a environ 200 000 ans. En quelques décennies, la tertiarisation de l’économie a considérablement bouleversé nos habitudes de vie. Or, le salarié moderne, vissé à son poste de travail, n’est pas – naturellement – programmé pour supporter une station assise plus de 8 heures par jour.

Actuellement, d’après le Pôle Ressources National Sport Santé Bien-être du ministère français des Sports, la sédentarité toucherait aujourd’hui plus de 70% de la population française. L’ONAPS rappelle donc à juste titre que l’activité physique et la sédentarité constituent des déterminants de santé majeurs. Il faut dire que la sédentarité est aujourd’hui le quatrième facteur de risque de mortalité au monde, devant le tabac, selon l’OMS, qui préconise 75 minutes d’activité soutenue (cardio, jogging…) ou 150 minutes de sport plus modéré (marche rapide, vélo…) par semaine. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant de voir le futurologue comportemental William Higham modeler la silhouette-type de l’employé du futur en projetant sur Emma, le nom de la statue de cire en question, les stigmates provoqués par ce mal moderne à l’horizon 2040 : dos bossu, yeux secs et rouges, varices, poignets gonflés et autres plaques d’eczéma liées au stress.

Conscients des risques liés, les pouvoirs publics, tout comme les entreprises, s’emploient à (re)mettre les corps en mouvement, à la fois dans une logique de prévention, de réduction des dépenses de sécurité sociale et de maintien de la productivité. De multiples initiatives sont prises pour faciliter les déplacements actifs en marge et au sein du travail. L’indemnité kilométrique vélo (IKV) en constitue un bel exemple, tout comme la plus récente initiative du ministère chargé de la sécurité sociale, qui exonère l’employeur de cotisations sociales sur certaines dépenses relatives à l’avènement de pratiques sportives en entreprise (circulaire du 12 décembre 2019).

Assez logiquement émergent de nouveaux acteurs dans ce qui devient, progressivement, un véritable marché. Ils parient sur l’alliage entre productivité et dépense énergétique. Ainsi se multiplient les stations de travail greffées à un tapis de marche ou à un pédalier (bureaux-vélo, « station de travail active », tabouret fitness…). Ces dernières auraient l’intérêt de maintenir un niveau de productivité tout en luttant contre un fléau susceptible de le freiner !

Au final, on retiendra que les entreprises s’immiscent de plus en plus dans la gestion du corps de leurs collaborateurs. Le temps hebdomadaire passé sur le lieu de travail (estimé à 37,3 heures en moyenne en France en 2018), doublé à la volonté de lutter contre des maux générés par l’activité de travail, leur donne toute latitude pour attiser l’activité corporelle de leurs collaborateurs. Mais derrière l’habillage sémantique sanitaire se cachent, ne l’oublions pas, des enjeux économiques substantiels. C’est ainsi que cette nouvelle injonction à l’activité contribue à dessiner une figure du manager moderne, un manager « sur-actif ».

 

www.unistra.fr

 

Julien Pierre et Lilian Pichot sont les coordonnateurs de l’ouvrage “Le sport au travail : bien-être et management” paru aux éditions Octares (2020)



Sport et citoyenneté