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Le sport outil d’accompagnement en Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile - Sport et citoyenneté

Le sport outil d’accompagnement en Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile

 

 

Anne Tatu, Sociologue, en charge de la politique sportive de l’Université de Franche-Comté

Benjamin Coignet, Sociologue, Responsable de la LPro ISMS, Université de Franche-Comté

 

Le sport en CADA peut s’avérer un outil d’accompagnement très efficace et innovant. Des dispositifs expérimentés en Licence Pro ISMS attestent de ses impacts étendus, entre occupationnel et résilience.

 

Les migrations sur un territoire national soulèvent la question de l’intégration des populations migrantes à la communauté nationale. Qu’elle soit tropique (comment l’individu s’intègre-t-il à la société ?) ou systémique (comment la société intègre-t-elle les individus tout en préservant son intégrité ?), l’intégration implique le respect de règles et valeurs partagées. Or, cette intégration normative nécessite un temps long chimérique dans le contexte transitoire du Centre d’accueil de Demandeurs d’Asile (CADA). Voué à l’accompagnement administratif et social des demandeurs d’asile pendant la durée d’instruction de leur dossier, il représente une période d’insécurité dans des parcours de rupture migratoire déjà traumatisants. Il renforce, dès lors, la vulnérabilité des demandeurs d’asile et rend difficile leur mise en projet. La précarité de leur situation alimente ainsi une culture de survie qui menace leur parcours global d’intégration. Le travail sur la résilience peut alors les aider dans cette étape supplémentaire d’incertitudes : en développant leur capacité à résister à la constellation de facteurs de risques qui les menacent, il leur permet de continuer à se projeter dans leur chemin d’intégration. À cet effet, les CADA peuvent recourir à des moyens d’accompagnement renouvelés. Le sport s’inscrit dans ces outils novateurs autorisant, particulièrement, le développement de deux bases essentielles à la résilience individuelle : estime de soi et sentiment d’efficacité personnelle.

Dans le cadre de la licence Pro Intervention Sociale Médiation par le Sport (ISMS) de l’Université de Franche-Comté, des expérimentations sont en cours, depuis 3 ans. Le sport y est mobilisé comme outil de résilience, complémentaire d’autres supports, au sein de divers CADA et dispositifs de prise en charge de mineurs non accompagnés (MNA). La pratique montre que, si le sport occupationnel représente un effet collatéral positif, les enjeux sont ailleurs. En effet, pour trouver sa place durant cette période d’attente anxiogène, l’activité sportive dispensée doit permettre un feedback immédiat sur les capacités à faire tout autant qu’elle doit s’inscrire dans le temps long du parcours de vie du migrant. Concrètement, des activités comme la randonnée pédestre sont mises en œuvre, appuyées par des entretiens approfondis, type récit de vie, permettant d’identifier dans les biographies personnelles le rapport à l’effort, à la mobilité, à l’environnement et aux autres en lien avec l’expérience migratoire. L’activité est d’abord vécue sur des temps courts de divertissement, de reprise de contact avec soi et les autres, puis progressivement, avec l’appui des travailleurs sociaux et psychologues, des randonnées longues permettent un travail sur les souffrances du déracinement, de l’errance et des traumatismes associés.

Cette double approche positionne le sport comme outil de résilience à manipuler cependant avec précautions. La vigilance opère alors d’autant plus efficacement qu’elle est nourrie par une équipe pluridisciplinaire qui invite à approfondir la formation des éducateurs socio-sportifs à la compréhension des mécanismes de résilience et au travail clinique.

 

www.univ-fcomte.fr

 





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