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« Utiliser le sport comme un levier pour aborder des sujets sensibles »

fondateur et directeur général de l’association, Sébastien Boueilh.

Coordinateur de l’action conduite en partenariat avec la Fédération Française de Rugby et Sport et Citoyenneté, l’association Colosse aux pieds d’argile a visité la France métropolitaine et ultra-marine pour sensibiliser et former les publics et les professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Un projet né à la suite d’une expérience menée en Polynésie par le fondateur et directeur général de l’association, Sébastien Boueilh.

 

Comment vous est venue l’idée du projet conduit avec les services de la PJJ ?
Ce projet émane d’une expérimentation menée en Polynésie, dans laquelle j’ai testé ma résilience. Il m’a été demandé d’intervenir face à des pédocriminels en détention. J’avais face à moi des criminels avec qui j’ai dû échanger une poignée de main, ce qui, en tant que victime, était assez difficile. Finalement, l’action s’est très bien passée. Nous avons surtout réalisé que 80% d’entre eux avaient été victimes d’abus sexuels au cours de leur enfance. Il m’a été demandé ensuite d’intervenir auprès des jeunes suivis par les services de la PJJ. L’idée était de travailler avec eux sur la notion d’empathie. Pour cela, nous avons utilisé le rugby, une discipline que nous connaissons bien chez Colosse. L’idée était de montrer ce que représente le rugby pour moi en tant qu’individu, mais aussi d’imposer un cadre avec des règles précises à respecter afin de travailler le consentement par la pratique sportive. C’est seulement après l’activité que nous nous sommes réunis et que je leur ai annoncé l’objectif de ma venue. À ce moment-là, la parole s’est vraiment libérée. Certains ont avoué avoir été victimes de violences et d’abus sexuels et nous avons réalisé alors l’ampleur du phénomène. Il était alors primordial pour nous d’aller plus loin et d’étendre ce projet à l’ensemble de la métropole, d’où la naissance de ce projet, labellisé et soutenu par le programme Impact 2024.

 

La volonté de jouer ensemble avant la sensibilisation est-elle un aspect essentiel pour établir un lien de confiance avec les jeunes de la PJJ ?
C’est un élément majeur du projet. Il est clair qu’au début de l’intervention, les jeunes sont plutôt réticents à participer. Pour autant, on parvient progressivement à intégrer tout le monde au groupe. Pour l’action menée en région parisienne, nous voulions aller encore plus loin, et avons fait jouer aussi les éducateurs. Nous avons réussi à créer un lien de confiance par la pratique sportive. Un lien entre les jeunes et nous, mais aussi entre les jeunes et les éducateurs. On est sorti de la relation éducateur/jeunes pour rassembler tout le monde autour du jeu, du rugby. Quand nous avons révélé les raisons de notre venue, cette expérience vécue ensemble nous a permis de traiter ce sujet sensible et d’avoir un débat constructif. Le sport devient alors un outil de médiation.

 

« Travailler sur le consentement et l’empathie à travers la pratique sportive »

 

Le projet s’est aussi adressé aux professionnels de la PJJ. Comment êtes-vous intervenus auprès d’eux ?
Nous avons, chez Colosse, un dispositif de formation. Nous ne sommes pas là pour faire la chasse aux sorcières mais pour assurer la protection de l’enfant et de l’éducateur. Il est important de leur apprendre à détecter les signaux des victimes qui n’osent pas parler. Mais aussi de les former sur comment fonctionne un prédateur, comment recevoir la parole des victimes et comment la traiter. C’est un projet complet qu’il est nécessaire d’assimiler pour éviter que ces violences ne se reproduisent.

 

Cette expérimentation a ouvert de nouvelles perspectives de collaboration. Avez-vous des projets à venir avec les acteurs de la justice ?
Nous allons poursuivre notre collaboration avec les services de la PJJ et avec certains territoires comme l’Ile de France. Nous agissons aussi dans les territoires ultra-marins, avec de nombreuses interventions à la Réunion, à Mayotte ou encore en Guyane. L’une des vocations de ce projet est de renforcer l’appropriation du sport pour d’autre finalités que la seule pratique sportive. Le sport est un levier pertinent pour aborder ces sujets sensibles, créer des passerelles et établir des actions dans la durée. On a créé un impact et l’onde de choc va continuer à se propager.

 

Depuis 2020, ce sujet figure parmi les priorités politiques, en France comme ailleurs. Quel est votre point de vue sur les avancées entreprises ?
Il est important de rappeler que le gouvernement actuel et celui qui l’a précédé sont ceux qui ont fait le plus sur la protection de l’enfant, à tous les niveaux. Dans le champ du sport, l’ancienne ministre Roxana Maracineanu avait fait de ce sujet une priorité. Il est donc important de se satisfaire de ce qui a déjà été fait. Même si on avance doucement, on agit sereinement pour la protection de l’enfance et c’est le plus important. Cependant, l’un des leviers que nous devons encore renforcer est le contrôle de l’honorabilité dans le champ sportif. C’est lié à la prévention car pour être fiché il faut être dénoncé. Il faut donc continuer d’agir pour libérer la parole.

 


Pour aller plus loin :

Lire la revue n°54 :

PRÉVENIR LES VIOLENCES SEXUELLES ET PROTÉGER LES PUBLICS



Sport et citoyenneté