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« Le plan Héritage des JOP de la Ville de Paris, un projet global inédit » - Sport et citoyenneté

« Le plan Héritage des JOP de la Ville de Paris, 

un projet global inédit »

 

 

 

Interview de Pierre Rabadan, Conseiller sport et Jeux Olympiques et Paralympiques de la Maire de Paris

 

Propos recueillis par Marie-Cécile Naves

 

 

MCN : Pourquoi la Ville de Paris s’est-elle engagée dans ce plan Héritage des JOP 2024 ?

PR : Au départ, nous nous sommes posé la question suivante : comment rendre l’événement des Jeux Olympiques et Paralympiques concret et utile pour la société qui le reçoit ? On a donc cherché à s’intéresser à un nombre aussi large que possible de secteurs concernés par les politiques publiques municipales. Ce qui nous importe, c’est de réaliser des actions concrètes non seulement pendant l’événement mais aussi de 2019 à 2035. Le slogan du COJO, « Le sport change des vies », est vertueux mais il faut le mettre en pratique, pour celles et ceux qui font du sport mais aussi pour celles et ceux qui vivent dans la ville qui accueille des Jeux.

Ces derniers doivent d’autant plus être un accélérateur efficace de politiques publiques que des parties prenantes aux opinons et intérêts divergents, et dotées de compétences différentes (Ville, Région, État, etc.) se retrouvent autour de la table, posent les problèmes et sont tous entendus au même moment. Chacun se demande ce que le plus grand événement du monde que sont les JOP peut lui apporter dans son domaine, au-delà des clivages politiques et des divergences en termes de priorités individuelles. Une compétition de cette ampleur a ce pouvoir. Rien que pour cela, faire les Jeux se justifie. On fait tous les mêmes constats sur les inégalités, l’accessibilité, du rôle social du sport, la lutte nécessaire contre la sédentarité, notamment chez les enfants. La question, c’est celle du « comment ».

L’attribution des JOP a en outre créé beaucoup d’attentes des élus et de la population  qui souhaitaient pouvoir les exprimer. Anne Hidalgo a engagé la ville de Paris dans la candidature aux jeux de 2024 car elle souhaitait que ces Jeux soient ceux d’une  nouvelle ère, en accord avec l’Agenda 2020 du CIO qui visent les objectifs suivants : pas de démesure, respect des engagements, souci d’éthique, et nécessité d’inventer un modèle durable en adéquation avec les accords de Paris pris lors de la COP21.

Nous avons donc organisé une consultation[1] avec les corps intermédiaires de la Ville (maires d’arrondissement, clubs sportifs, associations sociales et culturelles, etc.) pour connaître leurs besoins vis-à-vis des JOP. Quand on parle aux acteurs et actrices de l’ESS, par exemple, ils pensent « eau », « action sociale », et pas forcément « sport ». Mais l’enjeu de transversalité ne devait pas nous empêcher de « mettre sur la table » la pratique sportive des Parisiens et des Parisiennes.

 

MCN : Quelles sont les forces de ce plan Héritage ?

PR : De la consultation se sont dégagés cinq domaines d’action (« Paris ‘plus’ durable, juste, civique, belle, sportive ») et vingt mesures, chaque domaine déclinant quatre fiches-actions. Un premier brassage de 50 mesures nous a conduits à en sélectionner ou à en regrouper une grande partie autour d’axes communs, en fonction de la réalité et du calendrier. C’est la manière dont on voit la Ville et son évolution : parler de « Paris ‘plus’… » montre que l’on souhaite accélérer les politiques que l’on mène, à l’occasion des JOP.

Sur le plan de l’héritage, la Ville de Paris a tenu son calendrier et affirmé ses ambitions sur cet aspect capital de ce que seront les JOP de Paris 2024. Le COJO a certes l’intention de financer cet héritage mais il n’en sera pas cheville ouvrière. Il va impulser et labelliser des initiatives. Quant au dispositif « Terres de jeux », il ne laissera pas de legs ; il invite les territoires à s’engager dans l’aventure des Jeux.

Nous avons donc visé les secteurs qui nous paraissaient les plus importants et sur lesquels on avait déjà travaillé en phase de candidature : 41 mesures étaient de toute façon engagées, quelle que soit l’issue du vote du au CIO. Depuis la décision d’attribuer les Jeux à Paris, beaucoup été reprises dans le plan héritage 2019 ; elles ont progressé, elles ont mûri avec la consultation. C’est le cas par exemple de la baignade dans la Seine, de la reconquête de l’eau, de son assainissement.

Maintenant que nous sommes en phase d’organisation, nous préparons la pérennisation de ces mesures pendant les JOP (plusieurs épreuves sportives se dérouleront dans la Seine par exemple) et après les JOP. L’enjeu de l’assainissement demeure (raccordement de certaines villes et des bateaux-logements au tout-à-l’égout, pallier le fait que les orages drainent de la pollution, etc.) mais il pose aussi des questions techniques. Ce sont des mesures que nous aurions sans doute faites, mais à plus long terme.

 

MCN : Comment se décline le plan ?

PR : Le premier thème, celui d’un « Paris plus durable », est cohérent avec la politique municipale à Paris sur le climat. Pendant un mois, on devient la ville qui accueille le monde entier : il faut donc être innovant, inspirant, prescriptif, permettre la prise d’exemple, être un modèle pour le monde, en particulier sur le sujet de l’environnement.

Quant au thème d’un « Paris plus juste, plus solidaire », c’est une volonté partagée avec le CIO et sa fondation en faveur des réfugiés (Olympic Refuge Foundation) qui travaille à une meilleure inclusion de ces populations grâce au sport. Le sport a un pouvoir diplomatique important et permet parfois des rapprochements et des avancées significatives. Les Jeux Olympiques et Paralympiques arrivent à faire passer des messages, à réunir des peuples, à bâtir des ponts que peu de secteurs en dehors du sport sont capables de construire.

Parler de « Paris plus sportive » répond à une politique globale de reconquête de l’espace public : réduction de la voiture, rendre de l’espace aux gens, notamment pour qu’ils aillent faire du sport. C’est aussi s’adresser aux classes sociales modestes. Moderniser les clubs sportifs, en faire des lieux de vie étaient une demande forte des acteurs de terrain. Ajoutons-y la formation des bénévoles et la valorisation des compétences acquises : apprentissage des langues étrangères, formation aux gestes qui sauvent, etc. L’organisation de JO scolaires était également une demande émanant de l’éducation populaire.

Un « Paris plus civique »,  qui aura pour premier objectif de  réunir les 100 000 volontaires engagés pour Paris (en plus des 70 000 de Paris 2024) et notamment les jeunes, et il importera là aussi de valoriser ce bénévolat, lui donner un cadre, rapprocher les secteurs d’engagement pour que les gens se rencontrent. Il s’agit de personnes qui sont déjà identifiées comme bénévoles dans la base de la Ville et qu’il faudra agréger, rapprocher pour appréhender la ville de manière globale avec les JOP et pas uniquement sous l’angle de la compétition. La question de l’emploi est aussi primordiale. La création, la mise en adéquation des formations à destination des habitants et la capacité après les Jeux de pérenniser ou transformer ces emplois sont des enjeux majeurs identifiés par les différents acteurs.

De plus, organiser des Olympiades culturelles de la Ville nous conduira à trouver des complémentarités entre sport et culture dès la fin des Jeux de Tokyo 2020.

Enfin, le thème de « Paris plus belle », c’est avant tout construire des équipements sportifs comme l’Arena 2 ; c’est aussi faire tomber les frontières entre Paris et le 93 avec des boucles cyclables, des chemins de promenade, etc. Cet objectif existait déjà dans une convention Paris-Seine-Saint-Denis mais on la rend plus ambitieuse et plus rapide, dans une temporalité de plus court terme. Réhabiliter la Porte de la Chapelle, autour de la construction du campus Condorcet, c’est aussi requalifier une zone qui est aujourd’hui un croisement urbain concentrant beaucoup de problèmes. C’est également grâce aux Jeux qu’on va rénover ce quartier de Paris.

Quant au nouveau quartier Tour Eiffel-Trocadéro-Champ de Mars, on le testera avant 2024 ; nous souhaitons lui donner une cohérence qu’il n’a pas aujourd’hui, diminuer la pollution. Le Pont d’Iéna va devenir piéton, par exemple. C’est une transformation emblématique qui trouvera une déclinaison dans une expérience touristique nouvelle grâce aux outils numériques : il s’agit de fluidifier la ville.

Il sera intéressant de mesurer les effets de ce plan Héritage sur le long terme, pour le rajuster, l’améliorer, l’adapter. Dans tous les cas, c’est un projet global, transversal et tout à fait inédit et bénéfique pour Paris, le Grand Paris et ses habitants.

 

 

[1] Consultation co-pilotée par la Ville de Paris, Sport et Citoyenneté et le cabinet Deloitte.





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