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Maladie chronique, activité physique et numérique : un accompagnement nécessaire

 

Julien Cazal, Maître de conférences en STAPS, sociologue, Université de Rennes 2

Membre du laboratoire de recherche VIPS²

 

 

La promotion d’un mode de vie physiquement actif est devenue, depuis le début des années 2000 avec l’adoption du premier Programme National Nutrition Santé, l’une des préoccupations majeures des politiques de santé publique en France.

 

 

 

 

Dans le domaine de la santé, notamment celui des maladies chroniques, l’activité physique et sportive fait par exemple partie des thérapeutiques non-médicamenteuses qui peuvent être prescrites par le milieu médical dans le but de rendre le patient plus autonome dans la gestion de sa maladie. Si la pratique d’une activité physique dépend certes de multiples facteurs personnels, sociaux, environnementaux et politiques, elle nécessite aussi, en particulier chez les personnes vivant avec une ou plusieurs affections durables (diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, etc.), un soutien et un accompagnement spécifiques vers l’adoption de comportements adaptés et favorables à leur santé. Les moyens pour y parvenir sont nombreux et consistent à créer un environnement – au sens large – propice à la mise en exercice du corps, tout en tenant compte des capacités de chacun pour y répondre favorablement.

 

Le développement du numérique dans ce domaine est encore très récent et les études d’impact sur le changement de comportement peu nombreuses. Même si les pratiques dites de m-santé (issu de l’anglais mobile health et dérivé des pratiques de e-santé), qui désignent l’utilisation d’applications ou d’objets connectés à des fins de santé, tendent à se développer pour le grand public (montre connectée affichant le nombre de pas en lien avec les recommandations journalières d’activité physique, applications sur smartphone permettant de définir des objectifs en fonction d’une condition physique initiale, etc.), leur utilisation dans le cadre de l’éducation thérapeutique du patient est plus limitée. Car au-delà du caractère innovant de tels dispositifs ou encore de la difficulté à en mesurer l’impact réel sur la santé, plusieurs études s’accordent à dire que leurs usages doivent être encadrés dans la mesure où ils transforment, de fait, le rapport au savoir, à la maladie et à la santé. Si le but est bien de rendre les individus plus autonomes dans la gestion de leur santé, l’accompagnement semble nécessaire et peut prendre diverses formes pour donner sens à ces usages : mise en place d’objectifs concrets et réalisables en lien avec la sphère (para)médicale, suivi et feedback en temps réel, communauté d’entraide, etc. L’autonomisation du patient suppose donc, paradoxalement, des conditions sociales à sa réussite.

 

Il ne s’agit donc pas de nier l’intérêt des outils numériques, mais plutôt de s’interroger sur la façon dont leurs usagers – grand public ou personnes ayant des besoins spécifiques – peuvent se l’approprier selon les ressources cognitives, sociales, culturelles dont ils disposent. Cette dimension contextuelle est d’autant plus importante à considérer dans l’avenir qu’elle peut permettre d’éviter que de nouvelles inégalités sociales se créent dans l’usage et les bénéfices liés à ces nouvelles technologies.

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