Conférence : Le dopage et les valeurs du sport

L’académie Royale de Belgique organisait ce vendredi 28 avril un colloque sur le « Dopage et les Valeurs du Sport ». 

Sujet dans l’air du temps, eu égard aux dernières actualités en matière de dopage, et notamment aux décisions et sanctions prises à l’égard d’athlètes russes cette semaine, ce colloque, après une première partie sur l’historique, l’avènement des Jeux Olympiques et sur les valeurs du sport prônées par Pierre de Coubertin, s’est ensuite davantage intéressé au dopage.

Sujet complexe depuis la fin des années 1990 et la création de l’AMA, le dopage a toujours existé sous différentes formes. Et pour y remédier, force est de constater qu’il n’existe ni de solutions simples, ni de positions harmonisées.

Selon Jean-Noël Missa, philosophe, médecin et professeur à l’université libre de Bruxelles, il existe différentes philosophies concernant le dopage sportif, chacune ayant des conséquences sur les valeurs en jeu dans la question du dopage sportif qui sont au nombre de trois: équité, santé et intérêt du sport de compétition.

Si la philosophie officielle est celle de l’interdiction totale de se doper, certaines positions plus libérales ont vu le jour. Ces courants de pensées transhumanistes prônent le développement d’une médecine d’amélioration; il s’agit ici de permettre le dopage sous contrôle médical pour ainsi éviter tout problème de santé future encouru par les athlètes de haut niveau.
De ces diverses conceptions découlent des conséquences sur les trois valeurs énoncées précédemment.

Relativement à l’équité, diverses questions se posent. S’il est entendu que les athlètes ne devraient pas se doper pour respecter l’équité dans les compétitions, qu’en est-il lorsque certains athlètes en prennent et d’autres pas ? Dans ce cas-là, l’argument avancé a été de dire que nous ne sommes plus en présence d’un « dopage de triche » mais en présence d’un « dopage de remise à niveau, de remise à zéro »; pour que ce soit juste, pour que le sport se pratique de manière équitable, il faut tricher. Cette question a eu le mérite d’être soulevée.

En termes de santé, certaines pratiques sont dangereuses nonobstant la prise de substances dopantes. Des pratiques telles que la boxe pour le football américain ont de nombreuses répercussions physiques et mentales sur les athlètes qui les exercent.

Si l’essence du sport est de trouver l’athlète le plus doué génétiquement/physiologiquement, de lui donner des meilleurs entraîneurs/coaches, de le mettre dans les meilleures conditions pour qu’il devienne le meilleur, la maximisation du corps grâce à la biomédecine est parfois envisagée.

C’est ainsi que le dopage fait son entrée. Et une entrée fracassante. De manière générale, dans le cadre du « dopage classique », une fois des tests effectués et déclarés positifs, certains athlètes se retournent vers d’autres procédés.

Si, selon Gérard Dine, professeur associé en biotechnologie à l’Ecole Centrale de Paris, chef de service d’hématologie clinique au Centre Hospitalier de Troyes (France), certaines substances sont connues et « pures » (telle que l’EPO, les stéroïdes…), il est à noter que 10% du marché mondial est fait de contrefaçons. A côté de cela,certains athlètes n’hésitent pas à utiliser des substances non finalisées dans un objectif de dopage. Le risque est grand mais ce risque n’en vaut-il pas la chandelle ? A cette question, les avis divergent selon les courants de pensée. Si certains intervenants ont défendu l’idée d’un sport propre, d’autres, en revanche, ont émis l’idée selon laquelle un dopage contrôlé peut être une solution envisageable pour permettre une meilleure régulation des substances existantes et mieux protéger la santé des athlètes.

Si la volonté d’avoir un sport pur, les méthodes pratiquées pour y parvenir peuvent parfois être extrêmes et les conséquences sur les sportifs et sur le sport, importantes.

Désormais, c’est la transparence totale du corps de l’athlète qui est la norme (les contrôles pouvant se faire à n’importe quelle heure de la journée notamment eu égard à la diffusion rapide dans le sang de certaines substances). Ainsi, selon Damien Ressiot, Directeur des contrôles à l’Agence Française de Lutte contre le Dopage, ce ne sont pas loin de 10 116 contrôles qui ont été effectués au cours de l’année 2015, en collaboration avec les forces de l’ordre et ce, à toute heure de la journée.

Se pose également une dernière question; quid de l’athlète non dopé qui surpasse de loin ceux qui se dopent ? Les différents exemples cités (Christopher Froome de la team Sky en cyclisme ou Almaz Anaya qui a pulvérisé, de loin, le record du 10 000m lors des JO de Rio en 2016) démontrant que c’est le sport qui en subit les conséquences avec pour résultat l’installation d’un climat de suspicion généralisée.

Quoiqu’il en soit, le dopage reste un sujet prégnant, complexe et à visages multiples. Et ce sujet, en tant que Think tank s’intéressant à l’impact sociétal du sport, est un sujet sur lequel nous avons déjà eu l’occasion de nous exprimer[1]. Nous posions notamment la question du dopage technologique, dans le cadre du hors-série spécial « Jeux Olympiques de Londres » en 2012[2]

 

[1] Lutte contre le dopage, contre le trucage des matchs et bonne gouvernance à l’orodre du jour de la 14ème conférence des ministres européens responsables du sport, Colin Miège, Président du Comité Scientifique, Sport et Citoyenneté.

[2] http://fr.calameo.com/books/0007615852ec52f546b26





Sport et citoyenneté