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Des anneaux olympiques au milieu des étoiles européennes - Sport et citoyenneté

Des anneaux olympiques au milieu des étoiles européennes

Sport, Europe et Citoyenneté

Par Julian Jappert

Alors que le Président français Emmanuel Macron vient de remettre l’Europe au centre du discours politique, et après la victoire de Paris dans la course aux Jeux Olympiques 2024 se pose la question, en pleine Semaine européenne du sport #BeActive, du lien possible entre ce déficit d’intérêt des nouvelles générations pour la construction d’une citoyenneté (nationale et européenne) et le sport.

On reproche souvent à l’« Europe » son incapacité à simplifier ses messages, à « s’adresser aux gens » et sa propension presque naturelle à complexifier les choses. Pourquoi n’utilise-t-elle pas alors le premier lieu de citoyenneté et de bénévolat en Europe, le secteur le plus médiatisé, les athlètes qui plaisent tant aux « jeunes » de tous les horizons ?

De plus, face à une réelle crise de citoyenneté s’est ajoutée une crise peut être encore plus grave : celle de l’activité physique. Les Européens se sont arrêtés de bouger. L’activité physique devient LE défi à relever pour notre génération et celle de nos enfants[1].

L’ambition de cette Semaine européenne du sport est donc immense : servir de point d’orgue annuel pour promouvoir un style de vie plus sain, qui intègre l’activité physique comme dimension fondamentale.

Mais pas uniquement : en effet avec le Traité de Maastricht en 1992, l’Union européenne a introduit la notion de « citoyenneté européenne » qui concerne tous les ressortissants des États membre de l’Union. Mais alors que le commun est menacé partout en Europe, que les crispations identitaires sont attisées par les populismes et les tentations nationalistes, le maintien de la paix ne suffit plus à fédérer les Européens aujourd’hui. Le sport, avec les arts et la culture, peut être un lieu de partage et nourrir le sentiment d’appartenance à l’Europe.

Le sport dans l’espace public européen

L’espace européen du sport existe aujourd’hui. Le sport possède des symboles (les écussons des clubs, les couleurs) et des lieux de mémoire (le Heysel, Wembley) : il fait partie de l’espace public européen en suscitant l’intérêt partout sur le continent. La couverture médiatique des championnats masculins de football de Premier League ou de Bundesliga, comme des championnats d’Europe des nations en témoigne. Beaucoup d’Européens, en particulier chez les fans de football, ont pour club favori une équipe d’un autre pays que celui dont ils ont la nationalité. Du reste, l’identification à l’Europe « renvoie d’abord à l’adhésion par enchantement à un socle de valeurs humanistes, dont le foot apparaît comme le principal vecteur »[2]. Depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009, le sport fait partie intégrante des compétences de l’Union européenne. Des travaux de recherche[3] insistent sur l’importance des facteurs « top-down » (symboles et messages médiatiques) mais aussi « bottom-up » (interactions entre Européens) dans le processus d’identification à l’Union Européenne.

Souhaitons qu’une nouvelle vision de la société soit initiée par le personnel politique, dans une Europe plus sociale, plus attractive et plus citoyenne. Le sport porte en lui ce potentiel d’être un opérateur privilégié de changement sociétal et économique, indissociablement. A travers lui, l’utilisation de moyens innovants et populaires doit être mise à l’ordre du jour. A nous de nous en saisir.

Un sport qui influence

C’est la mission que s’est confiée notre Think tank, à travers l’organisation de moments d’échanges (la conférence « Sport et Citoyenneté européenne » organisée le 29 septembre dernier en est un bon exemple), la conduite d’actions de plaidoyer (Favoriser l’émergence d’une identité européenne grâce au sport : réalité ou utopie ?), la construction de supports de communication innovants et viraux, à l’image de notre récent clip vidéo mettant en scène des sportifs et sportives racontant leur rapport à l’Europe.

Mais il importe aujourd’hui d’entrer dans une nouvelle phase, encore plus démocratique, autrement dit de miser sur le sport pour soutenir des choix politiques forts, vertueux et progressistes, au bénéfice de tous. Santé et bien-être, nouvelles mobilités, solidarité intergénérationnelle, défense des pluralismes culturels, égalité entre les femmes et les hommes et entre les filles et les garçons, combat contre les discriminations faites aux LGBTQ, lutte contre l’exclusion sociale, accessibilité des équipements, prise en compte des impératifs écologiques, identité européenne, valorisation des territoires… sont quelques exemples de terrains politiques, progressistes, du sport.

C’est un fait : le soft power du sport est complexe[4], multiforme et évolutif. Il ne se limite plus à sa définition première, issue de la géopolitique[5]. Pour le voir, le comprendre et en faire une ressource collective, il faut donc passer d’un sport sous influences à un sport qui influence. Secteur d’activité mal connu, mal gouverné, sous-utilisé, le sport est victime de nombreuses dérives et incarne trop peu les vertus derrière lesquelles il s’abrite. Or, sa puissance médiatique et l’attrait qu’il exerce doivent permettre non seulement d’accentuer son rôle dans la diplomatie, mais aussi dans l’ensemble des champs de politiques publiques nationaux et européens.

Enfin, la perspective de Paris 2024 doit permettre au continent européen de rayonner. Paris 2024 s’est déplacé à Bruxelles au mois de mai 2017 afin de présenter sa candidature et a reçu le soutien de nombreux chefs d’États et de gouvernements pour en faire, sous notre impulsion, une candidature européenne.

Dans un monde globalisé, cet événement majeur pourra certainement être l’occasion de placer le projet européen au cœur de l’actualité…

[1] 210 millions d’européens sont inactifs. Cela représente un coût d’au moins 80 milliards d’euros par an dans l’UE.

La génération actuelle d’enfants est la plus inactive de l’histoire. Les 10 premières années de la vie offrent une fenêtre d’opportunité primordiale pour créer un engagement positif et durable dans l’activité physique. (source Projet PASS, Sport et Citoyenneté 2014-2017)

[2] P.-E. Weill, 2010, « ‘Plutôt l’UEFA que l’UE !’, (dés-)enchantement de l’identification à l’Europe des jeunes de milieux populaires issus de l’immigration », Politique européenne, vol. 1, n° 30, p. 107-130.

[3] N. Fligstein, 2008, Euroclash. The EU, European Identity and the Future of Europe, Oxford, Oxford University Press.

[4] « Le pouvoir du Sport », par Marie-Cécile Naves et Julian Jappert, 2017 Fyp édition.

[5] J. Nye, 1990, Bound to Lead. The Changing Nature of American Power, New York, Basic Books.





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