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Améliorer l’égalité des genres dans le sport :
c’est l’affaire de tous

Nicolas DELORME, membre du Comité scientifique de Sport et Citoyenneté et Maître de conférence en sociologie du sport à l’université de Bordeaux

Une sportive et un sportif se font face séparé par un filet de volet

 

La mise en place par l’Union Européenne de la « Stratégie en faveur de l’égalité hommes-femmes 2020-2025 » témoigne de l’importance et de l’actualité de la lutte contre les discriminations genrées. Dans le domaine sportif, cette stratégie s’est notamment concrétisée par la création d’un « groupe de haut-niveau sur l’égalité des genres dans le sport ». Composé d’anciens athlètes de haut-niveau, de responsables politiques, de dirigeants de fédérations sportives européennes et internationales ainsi que d’universitaires, ce groupe a été chargé de formuler des recommandations et des propositions d’actions concrètes que nous évoquerons plus bas.

Au niveau français, la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a marqué un premier tournant significatif dans ce domaine, notamment en garantissant un minimum de représentation de 25% pour les deux sexes chez les élus des fédérations sportives nationales. Plus récemment, et après avoir dû faire face à de nombreuses résistances – notamment au Sénat, la loi du 22 mars 2022 visant à démocratiser le sport en France, instaurera la parité dans les fédérations sportives nationales en 2024 et dans les fédérations/ligues régionales en 2028. Au-delà de ces difficiles – mais notables – avancées au niveau de la gouvernance des organisations sportives, l’amélioration de l’égalité des genres dans le sport français stagne, comme en témoigne l’évolution des quelques indicateurs publiés annuellement dans les « Chiffres-Clés » par le Ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances[1].

Des initiatives ministérielles poussives en faveur de l’égalité des genres dans le sport

Actuellement, la compétence de l’amélioration de l’égalité des genres dans le sport (ou plus largement de la lutte contre les discriminations genrées dans le sport) est partagée entre deux Ministères distincts : le Ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances et le Ministère des Sports et des Jeux olympiques et Paralympiques. Au-delà des avancées législatives concernant la féminisation des instances dirigeantes sportives abordées précédemment, les initiatives ministérielles (et leur communication) consistent principalement en trois actions.

Tout d’abord, la création d’un label « Terrain d’égalité » qui vise à « promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes et à lutter contre toutes les formes de discriminations et contres les violences sexistes et sexuelles ».  Ce label est toutefois uniquement réservé aux organisateurs de grands événements sportifs internationaux (i.e., Coupes du Monde, Jeux Olympiques), ce qui en réduit drastiquement le périmètre d’application. Il s’agit donc plus d’un outil de communication/marketing que d’une initiative visant à toucher le maximum d’organisations sportives et dont il faudra impérativement mesurer les éventuels impacts positifs.

Ensuite, l’opération « Sport Féminin Toujours » qui vise à faire progresser la médiatisation du sport féminin afin « d’améliorer la visibilité et l’image des filles et des femmes dans le sport ». En partenariat avec l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM), il s’agit, pendant une semaine, d’inciter les médias à parler davantage du sport féminin, que ce soit dans les retransmissions d’événements comme dans le fait d’aborder des thématiques spécifiques à la pratique féminine du sport. L’impact de cette initiative, lancée en 2018, est plus que modeste : selon un rapport publié en 2023 par l’ARCOM, le volume horaire de sport féminin à la télévision est passé de 3.6% en 2018 à 4.8% en 2021. Ce résultat – décevant – pourrait cependant facilement être amélioré. En effet, s’il est nécessaire de convaincre – encore – le secteur privé qu’il y a une réelle demande concernant la médiatisation du sport féminin, ce serait un réel choix politique que d’imposer l’équité dans les retransmissions sportives des différentes chaînes de France Télévision[2].

Enfin, la Ministre des Sports actuelle, Amélie Oudéa-Castéra, vient de relancer la « Conférence Permanente du Sport Féminin ». Initialement créée en 2017 par Thierry Braillard, cette instance consultative a vivoté pendant deux ans avant de péricliter. Même si à l’occasion de cette relance, des ambitions fortes ont été exprimées, il faudra – là encore – impérativement mettre en place des outils visant à mesurer objectivement les éventuels impacts positifs de ces travaux.

Le niveau local comme véritable moteur du changement de l’égalité des genres

Comme nous venons de le voir, les initiatives ministérielles visant à améliorer l’égalité des genres dans le sport ont plutôt été poussives et peu efficaces. Cela est peut-être dû à la spécificité du modèle sportif français avec des fédérations sportives nationales recevant une délégation du Ministère des Sports. La fédération délégataire pouvant ensuite confier à ses comités/ligues régionales une partie de ses attributions. Aussi, les fédérations sportives nationales sont enjointes à améliorer l’égalité des genres dans leurs disciplines respectives au travers de leurs actions, notamment via les plans de féminisation, et à répercuter cela dans leurs structures déconcentrées. Or, comme évoqué précédemment, la stagnation évidente des indicateurs publiés annuellement dans les « Chiffres-Clés » par le Ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances, montre que ce système pyramidal n’est pas efficace. S’il est bien évidemment important que l’Union Européenne, les Ministères, le CNOSF, et les fédérations nationales agissent pour améliorer l’égalité des genres dans le sport, il faut néanmoins aujourd’hui inverser le point de vue et considérer que le véritable moteur d’un changement significatif se situe au niveau local, dans les clubs et les comités départementaux.

C’est le parti-pris du rapport remis par le « groupe de haut-niveau sur l’égalité des genres dans le sport » à la Commission Européenne que nous avions évoqué dans notre introduction. Initialement publié en anglais en 2022, ce document est aujourd’hui disponible dans toutes les langues européennes. Si ce rapport contient des recommandations à l’attention de la Commission européenne, des États membres et des organisations sportives internationales et nationales, il se focalise également de manière significative sur les entités locales, se démarquant ainsi des précédents documents du même genre.

Les experts ont identifié six domaines dans lesquels il était urgent d’améliorer l’égalité des genres : (1) la participation, (2) l’entraînement et l’arbitrage, (3) la gouvernance, (4) le domaine économique, (5) la couverture médiatique et (6) les violences à caractère sexiste. Dans chacun de ces domaines, de nombreuses recommandations ont été formulées, notamment pour les entités locales.

Au-delà de ces multiples recommandations, les experts ont également formulé huit recommandations transversales à l’ensemble de ces domaines :

  • L’intégration systématique du genre dans l’analyse, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de tous les projets/programmes.
  • La nécessité d’avoir une approche intersectionnelle des inégalités de genre.
  • La nécessité de mettre en place des budgets spécifiques dédiés à l’amélioration de l’égalité des genres.
  • La mise en place systématique d’outils de suivi et d’évaluation des politiques d’égalité des genres, en s’appuyant notamment sur des collaborations avec le monde de la recherche scientifique.
  • La mise en place d’outils de formation sur ces questions.
  • La mise en place d’une communication spécifique dédiée à l’amélioration de l’égalité des genres.
  • La mise en place de coordinateurs pour l’égalité des genres dans toutes les organisations sportives (des fédérations internationales aux clubs) via le recrutement ou la formation.
  • La nécessité d’impliquer fortement les hommes en tant que promoteurs de l’égalité des genres.

 

Ce rapport donne donc de nombreuses pistes pour améliorer l’égalité des genres, notamment au niveau local. Il ne s’agissait pas ici de les présenter de manière exhaustive, mais plutôt d’encourager vivement les acteurs du monde sportif, quelque soit la structure dans laquelle ils évoluent, à consulter ce rapport et à le diffuser dans leurs réseaux respectifs. En effet, si nous souhaitons voir enfin des évolutions significatives, il faut que ce sujet soit l’affaire de tous plutôt que de quelques décideurs.

 

[1] https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/edition-2020-des-chiffres-cles-de-legalite-reelle-entre-les-femmes-et-les-hommes?source=51beed4f-9fdc-409b-afd8-31edf63e1635

https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/publication-de-ledition-2021-des-chiffres-cles-vers-legalite-reelle-entre-les-femmes-et-les-hommes

https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/publication-de-ledition-2022-des-chiffres-cles-vers-legalite-reelle-entre-les-femmes-et-les-hommes?source=51beed4f-9fdc-409b-afd8-31edf63e1635

[2] https://theconversation.com/football-feminin-ou-maillot-jaune-quand-la-une-de-lequipe-fait-polemique-145595


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