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« Le sport est un amplificateur d’innovations » - Sport et citoyenneté

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« Le sport est un amplificateur d’innovations »

 

Spécialiste des évolutions biotechnologiques, Président exécutif de Biotics et directeur de la prospective de la Cité des Sciences, Joël de Rosnay est aussi l’un des « tontons surfeurs », ces pionniers qui ont popularisé la pratique de cette discipline en Europe dans les années 1960. Entretien avec l’un des plus éminents spécialistes du rapport entre sciences et sport, dans le prolongement des échanges nés lors du colloque « Sport, Innovations et Apprentissages » coorganisé par notre Think tank et le Centre de Recherches Interdisciplinaires, début novembre 2018.

 Propos recueillis par Sylvain LANDA et Alice BLANVILLAIN

 

 Qu’est-ce que le triptyque « Sport, Innovation et Apprentissages » évoque pour vous ?

JdR : Tout d’abord, l’amélioration de la santé. J’ai consacré mon dernier livre (La symphonie du vivant, éd. « Les liens qui libèrent ») à l’épigénétique, qui est la plus grande révolution touchant la biologie de ces dernières années. Ces résultats montrent comment notre comportement (la façon de se nourrir, de bouger, de gérer son stress, son plaisir, etc.) agit sur l’expression même de nos gènes. Faire du sport par exemple conduit à réveiller certains gènes et à en éteindre d‘autres, comme les gènes inflammatoires ou oxydants. Il y a donc un lien étroit entre nutrition, médecine génétique et sport, ce que l’on percevait déjà mais qui est aujourd’hui scientifiquement prouvé. A cela s’ajoutent les potentialités offertes par les outils de santé connectée. Un simple smartphone est un tableau de bord personnalisé, en capacité de mesurer un nombre infini de choses. Cela révolutionne déjà nos modes de comportement.

 

Les neurosciences nous renseignent aussi sur les différentes méthodes d’apprentissage. Sur les liens entre mouvement et concentration par exemple…

JdR : C’est exact, et de nombreux travaux démontrent aussi que l’exercice physique conduit au dépassement de soi. Aller au bout de ses limites nécessite un entraînement particulier. Cela nous apprend la motivation. Nous en retirons des bénéfices, qu’ils soient honorifiques ou, dans le cas du sport professionnel, économiques. Cela contribue ainsi à entretenir le cercle vertueux de la préparation et du plaisir.

J’attache deux autres bénéfices à la pratique sportive. Elle nous apprend tout d’abord la résilience, c’est-à-dire la capacité à rebondir après un échec. Elle favorise aussi l’interaction avec l’autre. Ce plaisir du lien social, du lien humain, on le retrouve avec ceux qui pratiquent avec ou contre nous. Pour toutes ces raisons il est fondamental d’encourager les jeunes le plus tôt possible à faire du sport.

 

La Cité des Sciences accueille jusqu’au 5 janvier 2020 une exposition intitulée « Corps et Sport », qui permet notamment au public, grâce à différents dispositifs ludiques et connectés, de pratiquer du sport autrement. Comment jugez-vous ces évolutions ?

JdR : De tout temps, le sport a servi l’expérimentation. Vous connaissez ma passion pour les sports de glisse et pour le surf. Que seraient ces disciplines sans les innovations successives qu’elles ont connu ces dernières décennies, au niveau des matériaux, des prévisions météo, de la façon même de pratiquer ?

Le numérique amplifie l’émergence de nouveaux sports, et le sport est un amplificateur d’innovations. Je distingue ici l’eSport, qui ne conduit pas au développement physique du corps, ce qui pose question. Peut-être cela permettra-t-il à des gens de se passionner pour certains sports, grâce notamment à la réalité virtuelle ? Je crois beaucoup en ces nouvelles technologies qui permettent de rendre accessible la pratique de sports nécessitant une condition physique ou une infrastructure inhabituelle. Sur le plan médical, la réalité virtuelle peut aussi aider certains à vaincre des peurs comme le vertige.

 

Vous avez été l’un des pionniers du surf en France. Les sports de glisse ont réinventé la façon de concevoir et de faire du sport. Aujourd’hui, les pratiques sportives sont multiples et de plus en plus autonomes, spontanées, informelles et gratuites. Comment percevez-vous cette évolution ?

JdR : Il y a une trentaine d’années déjà que je parle d’ « éco-sport » , c’est-à-dire de sports individuels qui utilisent ce que la nature nous offre, à savoir la pente, le vent, la vague… De plus en plus de gens, indépendamment ou en petits groupes, pratiquent ce type de sports et cela va bien évidemment continuer. Ce sont des sports individuels mais qui s’intègrent dans une dimension collective, où la culture commune est forte. Quand on surfe par exemple, on sait ce que ressent l’autre, on ne surfe pas seul car on est dans le partage d’émotions. Ce sont des sports indirects de groupe. Cette tendance va s’accentuer, au détriment des sports compétitifs comme le football ou le tennis, où il faut détruire l’adversaire en respectant les règles du mieux possible, sur un terrain confiné et limité. Les « éco-sports » permettent de se mettre en relation avec l’écosystème naturel, ce qui est aujourd’hui un besoin très exprimé.

 

Vous avez publié un ouvrage intitulé « Surfer la vie ». Le surf, et plus généralement le sport, sont-ils à vos yeux une métaphore de la vie ?

JdR : L’idée derrière « Surfer la vie », c’est que notre société change de visage et que notre manière de la gérer aujourd’hui se réfère à des valeurs et à des comportements dépassés. Notre société devient fluide. Elle est moins rigide et pyramidale. Elle se fonde davantage sur des rapports de flux que sur des rapports de force. Cela implique une nécessaire solidarité plutôt qu’un individualisme forcené. Les entreprises deviennent ainsi de plus en plus fluides, et ne fonctionnent plus seulement de manière hiérarchique. C’est de cette façon qu’intervient d’ailleurs l’innovation.

Notre rôle dans la vie, c’est d’être en déséquilibre contrôlé, comme les surfeurs. Le surfeur n’est pas instable, il n’est pas en déséquilibre, sinon il tombe. Le surfeur est en déséquilibre contrôlé et le manager d’une entreprise doit aussi l’être pour évoluer et innover. Une société fluide, c’est aussi celle qui privilégie le pouvoir transversal au pouvoir hiérarchique, la pensée systémique à la pensée en silo… On voit encore les choses de manière verticale, analytique, séquentielles et linéaires alors que la pensée moderne, la pensée fluide est une pensée du pouvoir transversal, qui partage, qui collabore en réseau avec les autres et qui a une vision exponentielle (capacité à très vite analyser une situation) et fluide (possibilité qu’on a ensemble de passer/surfer cette difficulté) des défis qui s’offrent à nous.

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@derosnayjoel



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