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L'économie du sport peut être un véritable levier de croissance durable
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L’économie du sport peut être un véritable levier de croissance durable pour notre pays

16 mars 2012

Philippe Joffard

 

Philippe JOFFARD

Président du Comité Sport, MEDEF

Président Directeur Général, Lafuma SA

 

Réflexion proposée dans le cadre de la revue Sport et Citoyenneté de mars 2012 « Sport et emploi en Europe ».

Propos recueillis par Julian Jappert, Directeur et Sylvain Landa, Rédacteur en chef, Think tank Sport et Citoyenneté.

Pourquoi avoir créé un Comité Sport, dont vous êtes le Président, au sein du MEDEF ?

PJ : Parce que le MEDEF est convaincu que le sport est un véritable moteur de notre économie, créateur de richesses et d’emplois, sa présidente, Laurence Parisot, a souhaité créer un Comité Sport, animé d’une vision : dans une dynamique de sortie de crise, l’économie du sport peut être un véritable levier de croissance durable pour notre pays.

Ce comité, dont Laurence Parisot m’a confié la présidence, s’est fixé comme objectif de favoriser le rapprochement entre deux mondes : celui du sport et celui de l’entreprise. A ce titre, l’emploi constitue une des thématiques sur lesquelles travaillent les membres du Comité, à travers par exemple les spécificités de l’effectif salarié de la filière économique du sport ou l’insertion et la formation des athlètes.

Le sport est-il un secteur dynamique en termes d’emplois en France ?

PJ : L’industrie mondiale du sport pèse aujourd’hui près de 400 milliards d’Euros. En France, la dépense sportive a augmenté deux fois plus vite ces dix dernières années qu’en Allemagne. Elle représente plus de 2% de notre PIB. La consommation des ménages suit également. En termes de croissance de l’emploi, le secteur européen des sports est dynamique et a connu un essor plus important que la plupart des autres secteurs. En France, il a connu une croissance trois fois plus rapide que dans le secteur marchand non agricole entre 1996 et 2007. Dans l’ensemble du secteur « Sport », on dénombre environ 120.000 salariés. Fait marquant : nous observons une bonne capacité de ce secteur à créer des emplois durables, même en période de crise.

Quels sont à vos yeux les sous-secteurs les plus dynamiques en termes d’emplois dans le sport ?

PJ : Cette progression globale de l’effectif salarié de la filière « Sport » recouvre des évolutions différenciées selon les secteurs. L’effectif salarié a augmenté de près de 20% entre 1996 et 2007 dans les activités industrielles (par exemple dans la fabrication d’articles de sport) alors que l’on constatait durant le même période une baisse dans l’industrie manufacturière. Une hausse de plus de 80% a été enregistrée dans les activités du commerce d’articles de sport et de loisir, hausse trois fois plus importante que dans l’ensemble du commerce français. Mais c’est bien dans les services aux particuliers que l’augmentation des effectifs a été la plus importante, avec une hausse de 90%.

La reconversion des sportifs de haut niveau est un enjeu majeur. Quel rôle l’entreprise peut-elle avoir dans ce domaine ? En tant que chef d’entreprise, quels avantages et inconvénients trouvez-vous dans l’emploi d’anciens sportifs ?

PJ : Le sujet de la reconversion des sportifs de haut niveau est en effet un enjeu majeur. Mais au lieu de parler uniquement de la reconversion, nous préférons intégrer dans la réflexion l’ensemble de la problématique, à savoir l’accompagnement global des sportifs de haut niveau. Celui-ci doit être envisagé avant, pendant et après leur carrière sportive.

L’entreprise, si elle n’est pas l’unique acteur, peut en revanche être un acteur moteur dans la résolution de cet enjeu. Par exemple en sensibilisant les cadres techniques du mouvement sportif aux enjeux du « double projet », en témoignant de la réalité de l’entreprise et de l’entrepreneuriat pour mieux préparer les sportifs à leur entrée sur le marché du travail, en formalisant les compétences attendues et requises indispensables dont elle a besoin. Il est certain que les sportifs de haut niveau apportent à une entreprise une dimension supplémentaire notamment en termes de management. Au delà des valeurs, ce sont bien de compétences dont l’entreprise a besoin. C’est la raison pour laquelle il est important de sensibiliser les chefs d’entreprise de toute taille, grande comme petite, et quel que soit le secteur, aux compétences que les sportifs développent dans le cadre de leur carrière sportive et qui seront des atouts indéniables pour la compétitivité de l’entreprise.

L’Union européenne encourage les Etats membres à adopter des comptes satellites Sport afin de mieux appréhender le poids économique du secteur. Quatre Etats (Grande-Bretagne, Autriche, Chypre et Pologne) ont déjà adopté un compte satellite et trois autres (Pays-Bas, Allemagne et Hongrie) le feront cette année. La France est-elle engagée dans ce processus ? Est-ce un objectif important pour votre Comité ?

PJ : Un pan entier de l’économie tire son existence du sport en France. Pour autant, la connaissance de l’économie du sport reste assez sommaire dans notre pays. Le sport ne constitue pas, dans les statistiques, une branche économique identifiée. Les seules statistiques existantes pour une connaissance rigoureuse des activités économiques liées au sport sont celles établies à partir de la Nomenclature d’Activité Française (NAF), qui présentent trois limites. Tout d’abord, les chiffres disponibles sont publiés avec 3-4 ans de retard. Ensuite, des ruptures de séries liées à des changements de champs empêchent de suivre des évolutions sur une moyenne ou longue période. Enfin et surtout, le degré de désagrégation actuel ne permet pas d’isoler nombre de postes propres au sport. Ainsi, par exemple, la rubrique « Vêtements de sport » n’existe pas en tant que telle, mais appartient à la rubrique plus globale « Vêtements » de la nomenclature. Ce n’est pas un problème franco-français : la Commission reconnaît également un manque de données concrètes et comparables sur le poids économique du sport chez nos partenaires européens.

Un perfectionnement des instruments statistiques est nécessaire. Etat, collectivités, Mouvement sportif et monde économique en sont convenus. Cette demande a été formulée à plusieurs reprises durant les travaux auxquels j’ai participé dans le cadre de l’Assemblée du Sport, au printemps 2011. Nous attendons tous un outil permettant de réaliser un véritable budget du sport, intégrant, au-delà des aspects strictement financiers, la santé, le social et l’engagement bénévole.

Le projet d’un tel compte est aujourd’hui à l’état embryonnaire en France. En tant que président du comité Sport du MEDEF, je pense que les professions de la filière ont tout intérêt à se saisir du processus de construction du compte satellite pour donner une impulsion politique suffisante au projet. Elles doivent être associées à la définition de son cahier des charges où elles pourront faire prévaloir leurs besoins en termes de statistiques et d’instruments d’analyse économique. Le comité y travaille en espérant que le futur compte satellite pourra répondre aux trois objectifs qui le rendent opératoire. Premièrement, l’analyse de tous les aspects de la demande de biens et de services liés à la pratique du sport en France. Ensuite, l’observation des liens de cette demande avec l’offre de ces biens et de ces services au sein de l’économie. Et enfin, la description de l’interaction de cette offre avec d’autres activités économiques.





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