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Revue 39 - Interview d'Axel Kahn - Sport et citoyenneté
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Revue 39 – Interview d’Axel Kahn

« Lorsque l’esprit est stimulé par tout ce que l’effort permet de faire et de voir, vous êtes dans un ensemble qui est idéal »

 

Le généticien Axel Kahn, ancien Président d’Université, Président de nombreuses associations et écrivain, est avant tout un grand sportif. Sport et Citoyenneté s’était entretenu avec cette figure intellectuelle française à la fin de l’année 2013, peu après qu’il soit parti, à pieds, à la rencontre de lui-même, d’une partie de la France et de gens enracinés dans leurs territoires. 2160 kms parcourus, dont il a tiré un ouvrage, « Pensées en chemin, Ma France : des Ardennes aux Pays-Basques ».

 

Malgré un agenda bien rempli, vous avez trouvé le temps de partir plusieurs semaines loin de l’agitation parisienne. Pourquoi un tel choix ?

AK : J’ai décidé de faire ce trajet pendant l’été 2011, six mois avant la fin de mon mandat de Président de l’Université Paris Descartes. Lors d’une promenade dans la campagne, je m’étais mis à énumérer les possibilités de programmes de vie au terme de mon mandat. J’ai évoqué l’engagement politique, l’engagement plus administratif dans la conduite des politiques d’enseignement supérieur et de recherche, et en même temps je mettais cela en regard d’un vieux projet que j’avais formulé une trentaine d’années auparavant, après avoir lu Chemin faisant de Jacques Lacarrière : traverser la France à pieds. Je me suis rendu compte qu’aucune des possibilités qui m’étaient offertes ne me semblait assez attirante pour me dissuader de mettre enfin à exécution ce vieux projet. A partir de là, je me suis dit que je devais le faire et j’ai essayé de me déplacer uniquement à pieds dans Paris. Quand j’étais à la campagne je me suis entraîné à répéter les efforts quotidiennement, pendant plus d’une trentaine de kilomètres. J’ai aussi fait, plusieurs fois, des séjours en haute montage si bien que j’ai terminé, d’un point de vue physique, avec un fort entraînement.

 

Avec le recul, quels sont les points forts que vous retenez du voyage, une fois ce défi relevé ?

AK : Je n’étais pas trop inquiet des problèmes physiques, parce qu’en réalité j’ai marché un peu toute ma vie. Je continue malgré mon âge de marcher vite, de monter assez allègrement. Cependant, mon départ a été un peu compliqué puisque la veille, je me suis cassé le poignet. Comme il a plu les quatre premières semaines sans interruption parfois par un grand froid, j’ai aussi fait des chutes sur une terre quelquefois transformée en patinoire. Mais progressivement, tout s’est arrangé et je suis arrivé au début du mois d’août en bien meilleur état que je n’étais parti. Le fait de ne pas avoir eu de soucis majeurs m’a permis d’être totalement disponible à ce que j’ai rencontré. L’idée principale de départ était de me mettre en état de profiter pleinement de la beauté de tout ce que je croisais, celle associée aux relations humaines, à la nature aussi bien qu’au patrimoine. J’ai également vu ce que je ne cherchais pas : les très difficiles problèmes économiques, humains, psychologiques et leur traduction politique. Je les ai observés, avec souffrance tout en les analysant. Après, est-ce que je me suis mieux connu à travers cette longue marche ? Ce n’était pas tellement le but parce que je me connaissais déjà ce goût et ce rapport à la nature depuis ma plus tendre enfance. Cela a toujours été mon monde. Je savais que j’adorais marcher, que j’aimais les paysages, les odeurs et les relations avec les gens. En revanche, le contact entre la personne que je me savais être et tout ce que j’ai côtoyé avec une disponibilité que je n’avais jamais eu auparavant m’a en effet beaucoup apporté.

L’esprit est plus à l’aise dans un corps qui lui-même se sent bien. Lorsque l’esprit est stimulé par tout ce que l’effort permet de faire et de voir, vous êtes dans un ensemble qui est idéal.

« La morale sportive et l’éthique générale peuvent-être réconciliées »

 

A l’instar d’un athlète qui ne peut s’empêcher de s’entraîner, cela est-il difficile d’encaisser le choc une fois le but atteint ?

AK : Non, parce que j’ai décidé que ça serait désormais mon rythme de vie. J’ai tout de suite recommencé à marcher beaucoup. Je compte bien continuer et je repars poursuivre mon itinéraire en mai 2014 de la Pointe-du-Raz en Bretagne, pour aller jusqu’à Menton.

J’ai l’intention de partager mes années en deux. Pendant les neuf premiers mois, je vais partager mes activités habituelles, entre la présidence de différentes associations et fondations charitables et l’écriture. Puis ensuite je continuerai mes périples.

Pour réussir un tel pari, quel a été votre produit dopant ?!

AK : Je n’ai rien pris et je n’ai pas perdu un gramme. J’ai modifié la répartition de ma masse graisseuse, les muscles des cuisses et des mollets se sont développés également. J’ai très bien mangé et d’un très bon appétit !

A propos de produits dopants, que pensez-vous de la tricherie en général, et plus particulièrement dans le domaine du sport ?

AK : La tricherie doit-être combattue en tant qu’elle s’oppose à des valeurs essentielles pour la vie en société, l’honnêteté, la justice et le respect de règles librement consenties. Le dopage n’est que l’une d’entre elles. Hors du sport, il ne peut pas vraiment être dénoncé puisque chacun fait ce qu’il veut de son propre corps tant que cela ne nuit pas à autrui. Cependant, la loi du sport est que gagne celui qui est le plus fort, le plus rapide, qui saute le plus haut selon ses capacités naturelles potentielles, ce qui peut être vu comme en désaccord avec une morale universelle prônant une égalité de tous les humains quelque soient leurs différences de nature. Cependant, la morale sportive et l’éthique générale peuvent-être réconciliées. Le dopage qui amène le moins doué à remporter la compétition induit en effet la généralisation du dopage puisque tout le monde se dope alors pour rétablir l’équilibre et un semblant de justice, au risque de la santé de tous. D’autre part, cette forme de tricherie s’intègre à une société de glorification des vainqueurs auxquels on demande plus de ne pas être pris que de se comporter avec loyauté et honnêteté. C’est trop souvent là le fonctionnement du monde des affaires et tend à devenir celui de toute la société…



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