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Revue 39 - Interview de Claudie Haigneré - Sport et citoyenneté
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Revue 39 – Interview de Claudie Haigneré

« Le sport, comme la citoyenneté, s’apprend. Et cela nécessite un effort pour aller dans le sens du progrès. »

 

Docteur ès sciences, première femme astronaute, Ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies et Ministre déléguée aux Affaires européennes entre 2002 et 2005 : Claudie Haigneré poursuit son ascension vers les étoiles. Aujourd’hui à la tête d’Universcience à Paris (regroupement du Palais de la Découverte et de la Cité des Sciences et de l’industrie), elle nous a accordé de son temps pour nous donner sa vision du sport et de la citoyenneté à l’occasion des Jeux olympiques de Londres 2012.

 

 

Selon vous le sport peut-il, à travers les valeurs de l’Olympisme, être vecteur de citoyenneté ?

CH : Les Jeux Olympiques sont une très belle opportunité d’évoquer ce rapport entre le sport, ses valeurs et une éducation à la citoyenneté. J’ai en effet toujours considéré que le sport était un vecteur nécessaire et efficace d’apprentissage et d’éveil à la citoyenneté. La période des JO, où les valeurs de l’Olympisme sont à l’honneur, est une bonne occasion de le rappeler, c’est pourquoi je félicite la démarche de votre think tank.

Ainsi, au fond, sport et citoyenneté se rejoignent à travers une question essentielle : comment peut-on faire en sorte qu’ils soient exercés de manière épanouie et responsable ? Par les respects de certaines valeurs, sans doute. Des valeurs à la fois collectives et individuelles. Reste à savoir lesquelles. Pour ma part, l’activité sportive intense, exercée durant ma jeunesse, et ce que j’ai vécu durant mon entraînement pour devenir astronaute, par exemple, me permettent d’en définir un certain nombre.

Commençons par les valeurs collectives : l’esprit d’équipe, le sens du collectif, d’abord. Mais aussi le respect des règles du jeu, de l’arbitre, de ses coéquipiers comme de l’adversaire, ce qui implique l’acceptation d’un code de conduite.

Citons aussi les valeurs de solidarité et d’humanisme, importantes dans l’exercice de la citoyenneté mais présentent dans l’esprit de l’athlète.

Une autre valeur me vient à l’esprit : celle du respect de la nature. S’il n’est pas toujours considéré comme prioritaire, l’environnement doit rester au cœur de nos préoccupations de sportifs et de citoyens. Je considère en effet que lorsqu’on a une activité physique à travers laquelle on prend du plaisir, que l’on fait de la compétition, il faut rester vigilant à respecter l’environnement, et éviter les dégradations éventuelles que l’on pourrait causer.

Je laisse le soin à votre revue d’évoquer aussi tout ce qui collectivement dans les valeurs de l’Olympisme traduit bien sûr l’universalité.

Poursuivons avec les valeurs individuelles. Je suis très attentive à la notion de « discipline », nécessaire à tout apprentissage. La discipline peut d’ailleurs s’entendre comme le respect rigoureux des règles, mais également au sens académicien, comme une matière, une branche d’enseignement. Et la discipline -ou les disciplines- sont pour moi une étape indispensable pour créer des savoirs, des déclics qui permettent ensuite d’exercer sa liberté et son auto-détermination dans la vie. De même, en sport, pour aller plus haut, plus vite, plus loin, il faut avoir des bases de discipline. Certains pourraient considérer que ces règles sont des contraintes, comme apprendre les tables de multiplication en maths, répéter et faire son échauffement avant l’entraînement, mais pourtant il serait judicieux de les envisager comme des opportunités de libération.

Le goût de l’effort est aussi important. Il faut faire des efforts pour avancer, quelque soit le niveau qu’on souhaite atteindre. J’aime bien ainsi l’idée de dépassement de soi. C’est intrinsèque à la performance sportive. Et je dis souvent aux enfants d’essayer de faire plus et mieux que ce qu’ils savent déjà faire.

 

D’un point de vue plus personnel, comment expliquez-vous justement ce dépassement de soi qui vous habite depuis que vous êtes petite ?

CH : Je l’attribue sûrement à un mélange de mon éducation, à la gymnastique que j’ai pratiquée à haut niveau, au goût de l’effort, à cette envie de faire mieux, à ce tempérament combatif, dont j’ai hérité. Ces valeurs sportives ont sans doute été déterminantes pour moi. Mais tout ça ne marche que si vous avez « un rêve », une vision, un objectif et c’est un peu le message à transmettre aux jeunes attirés par les valeurs du sport. L ‘effort, la passion… La chance ne tombe pas toujours du ciel, elle se prépare.

Mais il y a aussi des limites à ne pas franchir. Le dopage, par exemple, va à l’encontre de la philosophie de l’entraînement et du goût de l’effort. De même, l’universalisme véhiculé par les valeurs de l’Olympisme est incompatible avec toutes les dérives telles que le hooliganisme, le fanatisme, qui sont aujourd’hui intolérables dans la pratique sportive.

Alors comment éviter ces dérives ? Le sport, comme la citoyenneté, s’apprend. Et cela nécessite un effort pour aller dans le sens du progrès.

 

Aujourd’hui, quels seraient vos souhaits par rapport aux prochains JO ?

CH : Je pense qu’avant tout qu’il s’agit de redonner du sens aux valeurs sportives, pour que le public ait à voir quelque chose de plus qu’un simple spectacle. Cette remarque ne concerne d’ailleurs pas uniquement le sport, mais aussi le traitement médiatique de la science et de la technique, sujets qui comme vous le savez me sont chers. On traite aujourd’hui davantage la controverse que les questions de fond, qui prennent de la hauteur et de la distance.

Il est à cet égard intéressant que vous fassiez appel ici à des personnalités qui ne font pas partie du monde du sport. Cela permet d’avoir une forme de « médiation » qui prend du recul et redonne du sens.



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