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Revue 39 - Interview de Sarah Ourahmoune - Sport et citoyenneté
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Revue 39 – Interview de Sarah Ourahmoune

« Si mon parcours peut inspirer d’autres jeunes filles et femmes, j’en suis très fière ! »

Vice-championne olympique de boxe à Rio, Championne du monde et 10 fois championne de France, mais aussi diplômée de Sciences Po et entrepreneure : Sarah Ourahmoune est une femme remarquable. Sport et Citoyenneté est fier de pouvoir compter sur une telle ambassadrice du sport féminin, qui participe activement aux travaux et réflexions de notre Think tank.

 

 

Vous bénéficiez d’une importante exposition médiatique depuis les Jeux de Rio. Est-ce que la promotion du sport féminin et des athlètes féminines est un objectif pour vous, un combat à mener, encore et toujours ?

SO : Oui, car il y a encore beaucoup de choses à faire. 40% des jeunes filles arrêtent le sport à l’adolescence. Je suis maman, j’ai une fille de trois ans, c’est un chiffre qui m’interpelle. Cela fait 20 ans que je fais de la boxe, j’ai eu l’occasion de voir évoluer ce sport. Aujourd’hui, beaucoup de femmes ont enfilé les gants pour tenter de se faire une place dans ce milieu. C’est très bien mais il faut continuer ainsi.

Je suis très impliquée dans la promotion du sport féminin, à mon niveau. C’est vrai que depuis Rio, l’impact que je peux avoir est plus important. C’est pourquoi je réfléchis à étendre mes actions auprès des jeunes filles, ce que je ne faisais pas auparavant, par manque de temps. Je me consacrais davantage aux jeunes mères de famille. Notre association située à Aubervilliers dispose par exemple d’une crèche pour garder les enfants pendant le cours de boxe. Pour que cela fonctionne, l’implication et la communication entre les acteurs est indispensable.

Vous avez en effet mis de côté votre carrière sportive pour devenir mère de famille, puis avez repris les gants pour participer aux derniers Jeux Olympiques, où vous avez décroché une médaille d’argent. Avez-vous le sentiment que votre parcours est inspirant pour les jeunes femmes et filles ?

SO : J’ai eu tellement de messages de personnes qui m’ont témoigné leur soutien, mais surtout j’ai eu des femmes qui m’ont dit qu’elles avaient trouvé en moi la force d’avancer, dans la reprise du sport mais aussi professionnellement. Une femme qui avait du mal avec son entreprise m’a par exemple écrit. Elle voulait tout arrêter pour reprendre un poste en tant que salariée, alors qu’elle avait créé une entreprise dans un domaine qui la passionnait. Si mon parcours, mes déclarations, ma « niaque » lui ont permis de trouver les raisons de continuer son activité, j’en suis très fière ! Participer aux Jeux de Rio, mon combat pendant toutes ces années, a été un déclic. Pour moi c’était un rêve d’enfant. J’avais l’impression d’être seule dans cette aventure mais depuis mon retour en France, je me rends compte qu’énormément de gens ont partagé cette expérience avec moi. Savoir que cette aventure a été enrichissante pour autant de monde, je trouve ça simplement génial !

« Un équilibre à trouver entre le sport, les études, le travail et la vie quotidienne »

 

Quels sont à vos yeux les défis à relever pour développer encore davantage la pratique ?

SO : Je crois qu’il faut réfléchir à des modèles, à des collaborations avec d’autres structures ou associations qui peuvent apporter un soutien, des écoles d’éducateurs de jeunes enfants par exemple. Le manque d’entraîneurs femmes est aussi un frein. Les femmes n’osent pas toujours aller vers des coaches masculins. Dans notre association, nous avons mis en place des cours réservés aux femmes mais aussi des cours mixtes. J’assiste aux entraînements, j’essaie en quelque sorte de faciliter les échanges. Peut-être faudrait-il faciliter l’accès aux formations fédérales pour les femmes qui souhaitent s’investir, voire de les rendre prioritaires à ce niveau ? Aujourd’hui, j’ai le sentiment que mon parcours peut inspirer d’autres femmes et d’autres jeunes filles, et c’est pour cela que je communique autant autour de mon expérience.

En parallèle de votre carrière sportive, vous avez suivi le cursus réservé aux sportifs de haut niveau délivré par Sciences Po Paris. En quoi cette double formation sportive et universitaire vous aide-t-elle au quotidien ? Pensez-vous que les sportifs et sportives, de par leur image, ont un rôle à jouer et une parole à faire entendre dans les débats de société ?

SO : Cette « double casquette » sport et étude, c’est quelque chose qui m’a toujours servie. Déjà la boxe était une passion et non un métier, je n’ai jamais vécu grâce à la boxe. Quand j’ai débuté, le statut de sportif de haut niveau n’existait pas encore pour les boxeuses, et cela rendait la poursuite des études compliquée. J’ai eu besoin aussi de trouver un équilibre entre le sport, les études, le travail et la vie quotidienne. Bien préparer l’après-carrière pour être bien dans ma boxe. Chacun a son avis, mais je considère que les sportifs doivent prendre la parole, que c’est important. Je m’en rendais moins compte avant Rio. Avec les performances de l’Équipe de France de boxe, notre notoriété s’est envolée, et on s’est rendu compte de l’impact que cela pouvait avoir, notamment auprès des jeunes filles. Depuis Rio, les inscriptions dans les clubs montent en flèche ! Au niveau de mon association, la différence entre l’avant et l’après Rio est énorme. Après mon premier combat, il n’y avait plus une place de libre, je recevais des demandes par mails tous les jours alors que l’année d’avant, nous devions communiquer largement pour remplir nos créneaux. Ça a eu un véritable impact aussi sur les mamans. L’une d’elles est venue me voir à mon retour, en me disant que sa fille voulait devenir une « Sarah ». C’était super émouvant ! Beaucoup de mamans se sentent rassurées et elles ont moins peur d’inscrire leurs filles à des sports de combat.



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