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Revue 39 - Interview de Stéphane Diagana - Sport et citoyenneté
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Revue 39 – Interview de Stéphane Diagana

« Le sport est un formidable outil de rencontre. Il apprend à savoir perdre, gagner, à savoir se situer dans un groupe. C’est tout un apprentissage de compétences de professionnalisation »

Déjà connu en tant qu’athlète spécialiste du 400m haies, devenu champion du monde en 1997 à Athènes, Stéphane Diagana a plusieurs cordes à son arc et des atouts qui font de lui un sportif distingué et singulier. Sport et Citoyenneté a eu le plaisir de travailler à de nombreuses reprises avec ce champion et ce citoyen engagé, qui possède une clairvoyance par rapport au monde qui l’entoure et une intelligence qui font la richesse des discussions menées.

Cette interview a été réalisée pour le 3e numéro de la revue Sport et Citoyenneté, quelques mois avant les Jeux Olympiques de Pékin.

 

Avant de vous interroger plus particulièrement sur l’Europe, que pensez de l’évolution de notre société ?

SD : Je ne peux pas en penser beaucoup de bien avec tout ce qui se passe actuellement. Nous vivons une époque difficile, accentuée par une information omniprésente, un flot d’images provenant du monde entier et montrant particulièrement des scènes de vie difficiles. Chacun doit appréhender cette réalité au quotidien aux dépens d’une certaine énergie nécessaire pour gérer cette information. Il y a une centaine d’années, l’information venait presque exclusivement d’un périmètre relativement proche de chez soi. L’Homme avait une capacité à agir sur son environnement contrairement à maintenant, où l’Homme vit un sentiment d’impuissance. Il prend « en charge » des détresses plus lointaines et ses moyens d’action sont minimes sur un système à grande échelle.

La mondialisation nous montre notre difficulté à agir. Pour autant, personne n’a envie de se résigner. On le voit avec la richesse de la vie associative.

Selon vous, en quoi le sport est-il important dans la société actuelle ?

SD : Le sport, l’activité préférée des jeunes, est très important dans notre société, ne serait-ce que pour la santé tant physique que psychique. C’est aussi un formidable outil de rencontre. Je travaille par exemple actuellement sur le thème du sport à l’université. Je pense que le sport sur les campus a un grand rôle à jouer pour les personnes déracinées par exemple. Ensuite, il permet de préparer les individus à la compétition, ce qui est loin d’être inutile dans les règles du jeu imposés par nos sociétés. Il apprend à savoir perdre, gagner, à savoir se situer dans un groupe. C’est tout un apprentissage de « compétences de professionnalisation ».

 

« La formation doit être envisagée comme un socle pour tous les sportifs »

 

Les institutions européennes s’emparent des questions de sport (Livre Blanc de la Commission européenne et Article Sport dans le traité de Lisbonne). Qu’est-ce que cela vous inspire ?

SD : D’une façon générale, je suis souvent déçu par l’Europe mais je suis trop européen dans l’âme pour la dénigrer. Si l’on veut être forts aujourd’hui et avoir les moyens de changer certaines données, notamment sur les questions concernant les Droits de l’Homme, il n’y a pas d’autre alternative que l’Europe. Prenons par exemple l’OMC, d’essence américaine. A mon sens c’est une machine à démolir les systèmes sociaux, un mode de fonctionnement qui ne favorise en rien la protection sociale, bien au contraire. Regardez ce qui se passe avec le régime des retraites en France. D’un point de vue rationnel, les choix sont légitimes, mais si ces choix – qui en fait n’en sont pas – s’imposent à nous, c’est bien sûr lié à des facteurs internes (démographiques notamment), mais surtout parce que nous devons faire face à la concurrence économique de pays moins disant en termes de protection sociale. Dans ces domaines, les prises de position de l’Europe sont décevantes alors qu’elle devrait proposer des solutions concrètes. Elle a la taille et l’histoire pour elle.

Et concernant plus particulièrement les questions relatives au sport, à quel niveau, selon vous, l’Europe est-elle indispensable ?

SD : J’ai un exemple très concret en tête : dans le football, un club qui a investi dans un footballeur peut voir partir ce joueur pour un autre club sans être pour autant suffisamment défrayé ni indemnisé. On ne peut considérer le footballeur comme un salarié classique, la spécificité du sport devrait imposer ses valeurs à l’économie et non l’inverse ! Sur le seul cas des sports fonctionnant avec des centres de formation, la spécificité réside dans le fait que les structures qui investissent sur la formation sont à peu de chose près les structures qui emploient ensuite. Il n’y a sans doute pas d’exemple hors du sport de liens structurels et économiques si fort entre formation et emploi. C’est bien une spécificité. Là où l’Europe a aussi un rôle déterminant à jouer, c’est dans la formation à apporter aux sportifs afin qu’ils aient les armes pour se reconvertir dans la société à tout moment. La formation doit être envisagée comme un socle pour tous les sportifs.

 

Aujourd’hui, comment vous placez-vous personnellement par rapport aux JO ?

SD : Le CIO a clairement donné les JO à la Chine pour les faire avancer sur le chemin des Droits de l’Homme. La communauté internationale a maintenant une attente légitime par rapport à cette problématique. Il est anormal que le CIO n’ait pas eu un suivi continu dans cette démarche et un agenda précis par rapport aux avancées réclamées à la Chine. La question des Droits de l’Homme en Chine ne peut être pour le CIO qu’un moyen de communication puissant. Pour ma part, j’ai mis le badge pendant que je portais la flamme olympique. Mais aujourd’hui, à mon sens, chacun doit agir selon son libre-arbitre. Les athlètes ont maintenant besoin de se préparer. Ils ont plutôt l’impression d’avoir été instrumentalisés dans toute cette histoire.

 

Que pensez-vous de la plus value apportée par Sport et Citoyenneté pour faire avancer la réflexion et l’action dans notre approche du sport ?

SD : La force de Sport et Citoyenneté réside dans sa production d’information fiable, possible bien sûr grâce à ses compétences mais aussi grâce à sa neutralité. Recenser les bonnes pratiques, montrer l’importance du sport à travers des chiffres et des objectifs bien précis, des taux de réussite dans tels et tels domaines, des investissements de temps… tout ceci permettra sur du long terme de se rendre compte de l’intérêt de reproduire des bonnes pratiques à l’échelle nationale ou au-delà. Les résultats sont à mon sens essentiels pour montrer le rôle du sport en termes d’éducation, de citoyenneté, de santé, loin du discours idéaliste.

 



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