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« S’adapter à un monde où les ruptures sont constantes »

 

 

Fondatrice et directrice d’AXL Agency, une start-up spécialisée en conseil et management numérique, Axelle Tessandier est une entrepreneure à succès ainsi qu’une sportive avertie. Elle souligne les défis à relever et place l’éducation au cœur de notre projet de société.

 

Propos recueillis par Julian JAPPERT et Sylvain LANDA

 

 

Face à la révolution numérique que nous vivons, vous insistez beaucoup sur l’éducation et la formation. En quoi ces enjeux sont primordiaux aujourd’hui ?

AT : Quand on parle d’éducation et de numérique, on a tendance à restreindre le sujet aux seuls outils. A mes yeux, les enjeux sont beaucoup plus vastes. Il s’agit de comprendre ces évolutions et d’être capable de s’adapter à un monde qui change constamment, où les ruptures et les innovations sont constantes. Sur le plan professionnel, c’est intégrer et gérer le fait que nous allons devoir sûrement effectuer différentes activités au cours d’une vie professionnelle et que beaucoup des métiers de demain n’existent pas encore. Il faudra donc une société qui ne craint pas l’incertain. Je crois beaucoup au fait de cultiver l’empathie, la curiosité, la résilience dans notre système éducatif, des forces essentielles dans ce nouveau siècle. Face aux progrès de l’intelligence artificielle, je crois que devrons nous recentrer sur notre humanité, sur tout ce qu’il ne sera pas possible d’automatiser à l’avenir.

L’éducation au numérique, c’est aussi prendre du recul sur les informations que l’on reçoit. Pour les jeunes générations, c’est une sorte d’éducation civique. Il s’agit de développer un esprit critique, penser par soi-même. Il s’agit aussi de ne pas se priver de talents. Aujourd’hui 45% des jeunes filles suivent des filières scientifiques mais on ne les retrouve que partiellement dans des postes de R&D, d’innovation… Il faut faire en sorte qu’elles se sentent légitimes à intégrer un secteur encore très masculin.

 

Le numérique modifie en profondeur nos manières de travailler, d’apprendre et d’interagir. Quelles connexions pourrait-on faire entre les potentialités des TIC et du sport, qui est lui aussi un lieu d’apprentissages ?

AT : Le sport a de nombreuses vertus. Cela peut paraître évident, mais faire du sport permet de bien se sentir dans son corps, de développer sa confiance en soi, son intuition. En France, nous intellectualisons encore beaucoup de choses au détriment de l’intuition. Or cette confiance en soi, elle se traduit aussi par une relation à l’autre qui est différente. J’ai trouvé très beau l’élan populaire né après la Coupe du Monde cet été. Cela nous a amené à nous interroger sur les valeurs qui nous sont communes, sur le sens du dépassement de soi, du vivre ensemble… Cet élan est vite redescendu, et nous devons en comprendre les raisons. Aujourd’hui on parle de réduire les budgets consacrés au sport, ce qui est quand même stupéfiant. Le sport fait le lien entre l’équilibre personnel et le dépassement de soi, c’est-à-dire le collectif. Et finalement on ne s’en sert que très peu, on tergiverse. C’est comme si on changeait constamment de pansement, au lieu de penser le changement. Je crois qu’il ne faut pas séparer le collectif du personnel, car les deux sont intimement liés. Le sport permet de connecter son cerveau et de le rendre plus intuitif. C’est quelque chose qu’il faut développer aujourd’hui, dans une époque qui évolue constamment, et au sein de laquelle il faut pouvoir anticiper les changements que l’on ressent.



Sport et citoyenneté