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Sportif de haut niveau et entrepreneur : une course de haies

Sportif de haut niveau et entrepreneur : cela s’apparente à une course de haies

30 juin 2015

Sadik-Rozsnyai_Orsola

Dr. Orsolya Sadik-Rozsnyai

Chargée de recherche à l’ESSCA Ecole de Management

Le défi des sportifs de haut niveau pour devenir entrepreneur

Chaque année, en Europe, des milliers de sportifs de haut niveau, toutes disciplines confondues, cherchent des opportunités pour poursuivre une carrière professionnelle après leur carrière sportive. Si de nombreux sportifs ont l’envie et le potentiel pour créer leur entreprise, peu d’entre eux y parviennent. Ce phénomène est d’autant plus étonnant, que les qualités personnelles développées par les sportifs de haut niveau sont les mêmes que celles nécessaires pour devenir un entrepreneur : persévérance, esprit de compétition, capacité à surmonter des échecs, aptitude à constituer et à mener une équipe. Les sportifs de haut niveau, comme les entrepreneurs, sont également formés à établir des objectifs ambitieux, élaborer un plan à long terme et mettre tout en œuvre pour atteindre ces objectifs.

De toute évidence, plusieurs raisons expliquent cette faible représentativité des sportifs parmi les entrepreneurs malgré leur désir et capacité à lancer leur entreprise. Premièrement, les classes à horaires aménagés alliant scolarité de qualité et sport sont trop rares. De plus, dès l’enfance, les parents, les entraîneurs et les enseignants doutent de la capacité des athlètes à réussir leurs études en parallèle d’une carrière sportive. Ainsi, l’entourage et le système scolaire obligent l’athlète à effectuer un choix radical très tôt dans certains sports, comme le tennis ou la gymnastique rythmique. Alors que, malgré les compétences managériales développées par les sportifs de haut niveau, des études de management sont nécessaires pour acquérir des connaissances en finance, marketing, etc. et pour développer un réseau professionnel, facteur clé de succès dans le domaine des affaires.

Deuxièmement, l’accompagnement et l’assistance à la création d’entreprises sont insuffisants. Parmi les nombreux accélérateurs et incubateurs de start-ups en Europe, combien accueillent des entreprises créées par des athlètes ? Je ne dispose pas de statistiques à ce sujet, mais mes expériences personnelles avec quelques structures m’ont montré que ces programmes sont plus adaptés aux anciens étudiants des écoles de management qu’à des athlètes qui créent leur business.

De plus, il existe un troisième obstacle important, qui est lié aux athlètes eux-mêmes : leur manque de confiance quant à leur capacité à réussir dans le domaine professionnel. La culture des pays explique en partie ce phénomène, car en Europe les athlètes de haut niveau ne sont pas perçus comme de potentiels créateurs d’entreprise.

Ce phénomène est finalement peu surprenant, car les anciens sportifs devenus des entrepreneurs à succès sont peu connus et rares dans les médias, ceux-ci se focalisant plutôt sur les exploits sportifs ou sur les mésaventures personnelles ou professionnelles des athlètes. Alors que nous connaissons tout de la vie personnelle de nos champions, qui sait que Taïg Khris, une légende du roller, David Inquel un ancien champion du judo et Romarin Billong un ancien joueur de l’Olympique Lyonnais sont des entrepreneurs réputés ?

Comment éliminer les obstacles et créer une nouvelle génération d’athlètes entrepreneurs ?

Il est devenu urgent d’attaquer ce problème et de lever les obstacles pour aider les sportifs de haut niveau à devenir entrepreneurs. Pour atteindre cet objectif ambitieux, les médias, les fédérations sportives, l’administration publique, les écoles de management, les incubateurs de start-ups, les familles, les entraineurs, et les sportifs eux-mêmes doivent coopérer étroitement.

Les médias, aussi bien généralistes que spécialisés dans les sports, doivent largement mettre en avant l’histoire de ces athlètes qui sont devenus des entrepreneurs à succès et diffuser cette image positive auprès d’une large audience. Ces modèles « double-trophy » (qui réussissent dans le sport et le business) devront remplacer les stars du sport qui ont abandonné pour la plupart précocement leurs études et dont la richesse et l’optimisme sont progressivement remplacés par la faillite et la désillusion lorsqu’ils arrêtent leur carrière sportive. De cette manière, les jeunes athlètes seront peut-être plus motivés à mener de front études et sport et les parents accepteront moins facilement que leurs enfants négligent les études. Le baccalauréat devrait être une exigence pour tous les athlètes de haut niveau, car ce niveau permettra de retourner vers les études après une carrière sportive si nécessaire.

Nous devons nous inspirer de la culture américaine qui valorise fortement le sport et les sportifs, l’affirmation de soi, la compétition et la performance. Les athlètes sont perçus comme des leaders, des atouts précieux pour les universités et pour le monde des entreprises. L’importance de ces valeurs est illustrée par les bourses universitaires, accordées aux sportifs venant du monde entier, pour lesquelles les universités exigent des performances sportives et académiques exemplaires. Cet environnement favorable encourage les athlètes à devenir ambitieux dans tous les domaines.

Ce modèle permettant d’atteindre l’excellence sportive et académique devrait également être reproduit plus souvent en Europe et des programmes scolaires avec un emploi du temps adapté devraient être multipliés dès l’école primaire et ce jusqu’aux études supérieures. Le succès exemplaire du collège et lycée Jean de La Fontaine à Paris illustre qu’il est possible de combiner un niveau d’exigence académique élevée avec des horaires aménagés pour les sportifs. Pourquoi ce type de dispositif reste exceptionnellement rare alors que c’est la seule solution pour éviter d’imposer aux parents et aux enfants un choix radical précoce entre étude et sport ?

Au niveau des universités et des écoles de management, il existe un certain nombre de programmes dans lesquels, les athlètes très motivés arrivent, avec quelques difficultés, à concilier les fortes contraintes de temps inhérents au sport de haut niveau et les études. Selon mon point de vue, le challenge principal est de convaincre les sportifs qu’ils peuvent trouver leur place dans ces formations pendant ou après leur carrière sportive. Ces champions sont souvent impressionnés par les universités et les écoles de management et doutent de leurs capacités à réussir les études supérieures. La mise en avant du parcours des champions ayant suivi des études supérieures et réussi dans l’entrepreneuriat pourrait encourager d’autres sportifs à tenter cette expérience. En complément, des formations courtes, adaptées aux sportifs devraient être généralisées afin qu’ils puissent acquérir les connaissances fondamentales nécessaires pour lancer leur entreprise.

Pour terminer, les incubateurs et accélérateurs, qui accompagnent et financent les start-ups doivent recruter d’avantage d’entreprises créées par des sportifs de haut niveau. «Le  Tremplin », l’incubateur dédié au sport et à l’innovation lancé à Paris est précurseur dans ce domaine. Ces structures devront davantage communiquer auprès des fédérations et des sportifs de haut niveau afin de les attirer dans leur giron. En effet, mélanger ces champions avec d’autres créateurs d’entreprise est non seulement précieux pour les sportifs, mais aussi très bénéfique pour les autres participants qui vivent la même expérience en créant leurs entreprises qu’un athlète disputant une course de 110 mètres haies.





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