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« L’organisation du sport a vécu, et ne permet plus de répondre aux enjeux d’aujourd’hui » - Interview Exclusive d'Emmanuel Macron - Sport et citoyenneté

« L’organisation du sport a vécu, et ne permet plus de répondre aux enjeux d’aujourd’hui »

Propos recueillis par Sport et Citoyenneté

Dans le cadre des prochaines échéances électorales, notre Think tank Sport et Citoyenneté a présenté une série de propositions sur les thématiques majeures du sport.

Dans le prolongement de cette réflexion, notre Think tank a sollicité tous les candidats à l’élection présidentielle ainsi que plusieurs parties prenantes du sport français, sur la place du sport dans le débat politique actuel. Une série d’entretiens que nous vous proposons de découvrir à partir d’aujourd’hui dans cette rubrique.

crédit photo: En Marche !

 

Interview d’Emmanuel Macron, Fondateur d’En Marche, ancien ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, et candidat à l’élection présidentielle

 

 

Avec plus de 17 millions de licenciés, et une part au moins équivalente de pratiquants libres, 4 millions de bénévoles, 200 000 emplois, un enracinement dans les territoires et un prolongement dans tous les champs de notre vie quotidienne, le poids du sport est une réalité en France. Quelle est votre vision du sport et la politique que vous souhaiteriez mener en la matière si vous êtes élu Président de la République ?

EM : Le sport occupe une place centrale dans notre société. C’est d’abord une formidable opportunité donnée à chacun pour s’émanciper, pour se découvrir, pour dépasser ses limites. C’est également une opportunité collective : les clubs sportifs sont l’un des rares endroits où la mixité sociale est importante. C’est enfin une opportunité pour le pays, car le sport dynamise notre économie et est un vecteur de rayonnement à travers le monde.

L’enjeu, ce n’est pas de privilégier une forme de sport sur un autre : toutes les formes de sport doivent avoir droit de cité : que ce soit le sport informel au sein de l’espace public, comme le jogging, le sport organisé dans les clubs, en milieu scolaire ou en entreprise ou, enfin, le sport de haut-niveau ou le « sport spectacle ». Les enjeux sont chaque fois divers, multiples, et c’est pourquoi je veux porter un plan global pour le sport. Ainsi, je souhaite agir à 3 niveaux.

Le premier niveau, c’est celui des clubs et des dirigeants. Sans l’investissement de tous nos bénévoles, le sport français et nos clubs sportifs n’auraient pas le même dynamisme. Nos bénévoles sont souvent confrontés à des règlements complexes qui alourdissent leurs tâches. Ils prennent souvent des risques personnels importants dans un contexte de judiciarisation de la vie sociale. Je soutiendrai donc les clubs en facilitant le travail quotidien de leurs dirigeants, en promouvant l’emploi et en simplifiant la formation.

Deuxième niveau : l’organisation du sport. Celle-ci a vécu. Construite dans les années d’après-guerre, elle ne permet plus de répondre aux enjeux d’aujourd’hui. Nous devons désormais donner davantage d’autonomie à ses grands acteurs et libérer les énergies de ceux qui font le sport au quotidien. L’État doit se concentrer sur ses missions essentielles de coordination, de règlementation et d’éthique. Les contrats avec les fédérations doivent être revisités et reposer sur la confiance. Des structures de coordinations des acteurs du sport doivent être impulsées au niveau des territoires.

Enfin, troisième niveau : les équipements sportifs. La pratique sportive en dépend. J’ai conscience que notre parc d’équipements sportifs doit être rénové et développé. L’État soutiendra la construction et la rénovation d’équipements, mais je pense qu’au vu des finances de l’État et des collectivités locales, nous devons inventer de nouveaux modèles de financement. Nous devons par exemple permettre aux collectivités d’acheter des créneaux sportifs dans des équipements réalisés par des opérateurs privés, dans le cadre par exemple d’opérations d’aménagement. De même, il faudra encourager les synergies entre les collectivités locales et les clubs en ouvrant toujours plus au monde associatif des créneaux dans les gymnases construits par les Régions, les Départements et les Villes pour les établissements scolaires. La rentabilité d’un équipement public est liée à son occupation maximale !

Voilà comment concrètement je soutiendrai le sport en France.

La sédentarité est considérée par l’OMS comme l’un des 10 facteurs de risque de mortalité dans le monde. Elle coûterait, à l’échelle de l’UE, 80 milliards d’euros par an. Selon le baromètre santé de l’OCDE (2016), seuls 14% des garçons et 6% des filles de 15 ans pratiquent une activité physique quotidienne dans l’Hexagone, plaçant la France à l’avant-dernière place au sein de l’UE. Comment promouvoir davantage un mode de vie actif dans tous les environnements (écoles, lieu professionnel, villes, établissements spécialisés…) ?

EM : Il ne se passe pas une semaine sans qu’une étude démontre les bienfaits de la pratique sportive sur notre santé. Toutefois, plus de la moitié de nos concitoyens déclarent ne jamais faire de sport.

C’est la raison pour laquelle, ma première priorité sera de permettre à chacun, quels que soient son niveau de vie et son lieu de résidence, de pratiquer le sport de son choix. C’est une question de prévention des risques mais aussi de bien-être. Aussi, la pratique sportive, plus que tout autre, est facteur de cohésion sociale ! Ainsi, j’ai pour ambition d’élever le nombre de pratiquants réguliers en France de 10%, durant ce quinquennat, soit plus de 3 millions de nouveaux sportifs.

Faire évoluer les mentalités en suscitant une appétence sportive chez le plus grand nombre, voilà notre ambition à court terme. En commençant par les plus jeunes. À cette fin, nous ferons en sorte de rapprocher les établissements d’enseignement et les associations sportives locales pour garantir la continuité et la complémentarité des pratiques en milieux scolaire et extrascolaire.

Par ailleurs, je veux négocier la signature d’un accord national interprofessionnel visant à organiser et faciliter la pratique du sport dans les entreprises.

J’encouragerai également avec détermination la pratique sportive féminine et développerai, par exemple, des expérimentations, en lien avec les CAF, pour créer des garderies de courte durée. Nous tiendrons mieux compte ainsi des contraintes des familles monoparentales.

Enfin l’une des mesures phares que je propose dans notre système de prévention reste la mise en place des maisons du sport-santé qui garantiront un accompagnement personnalisé de nos compatriotes atteints d’affections lourdes (obésité, maladies cardiovasculaires, diabètes, etc.), mais aussi désireux de se remettre en forme. C’est ainsi que nous accroîtrons les bénéfices d’une saine pratique par la mise en place d’un suivi médicalisé. Et pour aller plus loin, je proposerai de rembourser le coût des licences sportives des personnes atteintes d’affection longue durée auxquelles on a prescrit une activité physique.

La candidature de Paris 2024 est-elle une opportunité pour développer l’attractivité et le rayonnement de notre pays ?

EM : La candidature de la France à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 sera un dossier important dès le début de mon mandat. La France doit demeurer la grande nation organisatrice de compétitions de dimension mondiale qu’elle a toujours été. Je soutiendrai, notamment, l’accueil d’événements internationaux comme les « Gay Games », la candidature à la Coupe du Monde de Rugby 2023 et la Coupe du Monde de football féminin en 2019.

Je souhaite évidemment que la France obtienne les Jeux Olympiques, mais je veux surtout que ces Jeux soient une réussite. Cette réussite passe par une organisation de qualité, et je fais confiance aux organisations en place avec Paris 2024, la Ville de Paris, et le mouvement sportif pour que ces Jeux s’organisent dans des conditions optimales. Le projet parisien a beaucoup d’atouts, notamment la maîtrise des coûts, avec 95 % des installations déjà existantes ou nécessitant simplement des aménagements temporaires, ainsi que des sites olympiques majoritairement proches du village des athlètes, ce qui évitera des déplacements et contribuera au respect de l’environnement. Nous avons montré notre savoir-faire : je n’ai aucun doute sur notre capacité à organiser des Jeux qui marqueront l’histoire de l’Olympisme. Par ailleurs, je veux également une réussite sportive. Il faut que nos champions soient sur les podiums et qu’ils fassent briller les yeux de nos enfants. Des avancées sont à mettre au crédit du Gouvernement avec la publication de la loi visant à protéger les sportifs de haut niveau et à sécuriser leur situation juridique et sociale. Mais cela n’est pas suffisant, car contrairement aux idées reçues, la majorité des sportifs qui font notre fierté lors des JO demeure bien souvent dans des situations précaires. Il nous faut donc agir pour que tous ces sportifs amateurs soient en formation ou en contrat avec une entreprise d’ici 2022 afin de les aider à vivre et de sécuriser leur préparation pour les JO 2024.

Parmi les propositions formulées par notre Think tank, laquelle retient particulièrement votre attention ? Pour quelle raison ?

EM : À vous lire, je m’aperçois que nous partageons la même vision. Rien de plus naturel puisque mon programme émane du terrain, de ceux qui font le sport au quotidien. Il s’agit pour nous, comme pour vous, « de placer le sport et l’activité physique au cœur de nos politiques publiques », de « le rendre accessible à tous », d’en « faire un lieu de mixité femmes-hommes ».

Nous sommes d’accord sur les ambitions ? Alors donnons-nous ensemble, dès le mois de mai, les moyens de les atteindre !





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