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La tactique gagnante - Sport et citoyenneté

La tactique gagnante

 

 

Albrecht Sonntag, Professeur en études européennes, ESSCA School of Management

 

Dans le football, la réussite dans l’engagement pour l’inclusion des réfugiés nécessite les mêmes ingrédients que la victoire dans un match tendu. Dans les deux cas, il faut des joueurs motivés, une tactique bien préparée, et une série de compétences indispensables.

 

Dans bon nombre d’États membres de l’Union européenne, l’afflux massif de réfugiés depuis l’été 2015 a suscité une vague de bonne volonté à travers la « communauté du football » au sens le plus large. Des initiatives nombreuses et variées ont été mises en œuvre par les bénévoles dans les clubs et par d’autres acteurs de la société civile. Et plusieurs fédérations ont soutenu ces actions par des moyens logistiques et parfois financiers.

 

Depuis, les sciences sociales s’y sont penchées à leur tour. Des chercheurs venus d’horizons disciplinaires divers ont observé, parfois accompagné, des initiatives sur le terrain, conceptualisé les facteurs de succès (ou d’échec), et se sont engagés eux-mêmes dans des projets avec l’objectif de mettre le résultat de leurs réflexions à la disposition de ceux qui lancent et poursuivent des initiatives en faveur de l’inclusion des réfugiés.

 

« Une composante d’un processus complexe d’inclusion »

 

Le potentiel du football, et ses limites

Parmi les sports, le football semble particulièrement bien placé pour donner à des minorités vulnérables comme les réfugiés ou d’autres groupes de migrants une opportunité de prendre contact avec leur société d’accueil et de faire l’expérience d’un sentiment d’inclusion dans une activité de la vie sociale ordinaire. Le football est un jeu simple, accessible à pratiquement tout le monde, et qui procure de la joie et du plaisir à tous les niveaux de performance. Il n’exige pas de compétences linguistiques approfondies, et dans beaucoup de sociétés, il a déjà une longue histoire d’inclusion sociale à son actif.

 

Il n’est dès lors pas surprenant que le football est invariablement décrit, autant par le monde associatif sportif que par les autorités publiques, comme un formidable « outil » ou « vecteur » qu’il s’agit d’utiliser à bon escient dans le processus d’intégration sociale qu’entament des individus récemment arrivés. Des interactions régulières autour du ballon rond sont considérées comme bénéfiques pour l’acquisition de compétences linguistiques et interculturelles, comme une distraction bienvenue des soucis d’un quotidien compliqué, comme un exercice physique salutaire, et comme une ancre de stabilité, source de confiance en soi.

 

La recherche, à la fois en Europe et dans d’autres destinations de migration de masse comme l’Australie, confirme effectivement ce potentiel bénéfique, en l’expliquant par des concepts psychosociaux pertinents comme « autonomisation », « sens d’appartenance », ou encore « capital social ».

 

Les chercheurs jettent cependant aussi un œil sceptique sur les limites du football : l’intégration sociale est toujours hautement dépendante du contexte (local et national), et « toute tentative d’utiliser le sport pour promouvoir l’inclusion sociale doit être sous-tendue par une prise de conscience critique de ses forces et de ses limites en tant que pratique sociale » (Ramon Spaaij). Il n’y a aucune garantie de réussite : le football n’est jamais à lui seul suffisant, mais juste une composante dans un processus complexe qui en comprend d’autres.

 

  « Former les bénévoles aux enjeux de l’inclusion »

 

Évaluation des besoins

Ces dernières années, tout un éventail de rapports sur les bonnes pratiques concernant l’inclusion sociale des migrants/réfugiés par le sport a été publié par la Commission européenne, l’UEFA, et plusieurs ONGs. Tous renvoient à une grande diversité d’expériences positives : à l’offre « classique » d’un club de football (séances d’entraînements, tournois et vie associative), se greffent des activités complémentaires comme des formations linguistiques ou autres offres éducatives, des actions de communication visant le public local, du soutien administratif pour les réfugiés, voire même des qualifications professionnelles.

 

Malgré tous ces exemples, les bénévoles se retrouvent souvent confrontés à des obstacles récurrents. Une évaluation des besoins conduite par le projet « Football Including REfugees » (FIRE), coordonné par Sport et Citoyenneté, a listé les dix besoins principaux dont les acteurs de la société civile font état. Ces difficultés typiques vont de la prise de contact initial avec les groupes cibles à la recherche de partenaires en dehors du club, en passant par un manque de savoir-faire en management de projets, l’absence de financements pérennes ou encore une certaine impuissance face aux barrières linguistiques et culturelles. S’ajoutent par la suite des thématiques comme l’intégration potentielle de réfugiés dans le football compétitif, leur possible engagement en tant que bénévole au sein du club, sans oublier la lutte plus large contre les préjugés et les réactions de rejet au sein de la société d’accueil.

 

Afin de répondre efficacement aux besoins les plus fondamentaux, les bénévoles méritent un soutien adéquat. Pour reprendre la métaphore du match, ce ne sont certainement pas les « joueurs hautement motivés » qui manquent quand il s’agit de mettre le football au service de l’inclusion des réfugiés. Mais leur « plan de match », leur savoir-faire tactique et leurs compétences techniques peuvent être améliorés.

 

Donner à ces « joueurs » des outils qui leur permettent d’acquérir du savoir-faire complémentaire est exactement ce que compte faire le projet FIRE. Ce projet, programmé sur deux ans (2019-2020) et comprenant des partenaires belges, polonais, roumains, écossais et espagnols, a commencé à travailler sur un outil de formation innovant, un « MOOC » (cours en ligne ouvert à tous) qui abordera les besoins les plus pressants des bénévoles. Dans des unités de formation successives, ce cours mobilisera autant des experts des sciences sociales que des témoignages d’acteurs de terrain. Il devra être accessible à des personnes qui ont déjà un emploi du temps bien rempli, entre leurs obligations professionnelles, leur vie de famille et leur engagement dans le club.

 

Le MOOC est censé être publié vers l’automne 2020, et cette revue ne manquera pas d’y revenir. Ce sera une contribution modeste, mais comme tout amateur de football ne sait que trop bien, ce sont les petits détails qui font gagner le match.

www.essca.fr

 





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