Le sport, l’éducation et la reconstruction

 

Marie-José LALLART, ex-fonctionnaire internationale à l’UNESCO, Présidente de l’association « les maillons de l’espoir », membre du comité scientifique du Think tank Sport et Citoyenneté.

 

 

« Le sport a le pouvoir de changer le monde » disait Nelson Mandela. En cette période troublée, où les conflits drainent derrière eux des milliers de victimes innocentes, l’histoire de la jeune Zawidi démontre comment il peut redonner confiance et estime de soi, comment ses bienfaits impactent le corps et l’esprit. A l’image des témoignages recueillis auprès des personnes exilées lors du projet FIRE+, le sport permet de combattre ses angoisses et d’atteindre ses objectifs. Il est indispensable au développement personnel car il permet de garder un état d’esprit positif ; le corps et l’esprit agissant en synergie.

 

Je veux être libre. « Kuwa Huru ». Voilà le cri de Zawidi, cette jeune femme de 17 ans qui a passé 10 ans comme esclave dans la forêt proche de Bukavu (République Démocratique du Congo) aux prises des criminels qui chaque jour martyrisent des jeunes filles dans cette région de l’est du Congo en guerre.

 

Reconstruire les individus

footballZawidi a été opérée par le docteur Mukwege (prix Nobel de la paix) puis, après une convalescence, a été accueillie à la Maison Dorcas de la Fondation Panzi, au sein de laquelle l’association « Les Maillons de l’espoir » intervient. Cette association que j’ai l’honneur de présider agit en faveur de l’accès à une éducation de qualité pour tous dans le monde. Ses actions se concentrent sur l’accès à une éducation de base, à la formation professionnelle et à l’activité sportive. Elle participe ainsi à la reconstruction des individus, avant de leur permettre de retourner dans leur village et leur famille. Pour cela, l’ancien footballeur international français Sidney Govou, parrain de l’association depuis 2014, se déplace régulièrement à Bukavu pour, bien entendu, jouer avec les filles de la Maison Dorcas mais aussi former l’entraîneur qui est sur place.

 

Jouer, sans contrainte

C’est ainsi que Zawidi a été sollicitée pour faire partie de l’équipe de football. Elle s’est mise à courir sans contrainte, à récupérer la balle, à la contrôler plus ou moins bien en la caressant sur les côtés avec ses baskets, puis à lui donner un coup de pied de toutes ses forces comme si elle frappait le mal qu’elle ressentait en elle et le mal qui lui a été fait.

Alors qu’elle voyait ce ballon foncer vers le gardien et s’écraser dans la cage de but, elle a ressenti, tout d’un coup, comme un énorme soulagement, une totale libération, sa douleur devenait passagère un instant.

Toute cette force qu’elle a dirigée vers cet innocent ballon et aussi vers ce malheureux gardien, a représenté la violence en elle pour expulser le mal qui l’oppressait tous les jours. Elle s’est sentie alors étrangement forte. Un lien de reconnaissance et de complicité amicale s’établissait spontanément. Quelle satisfaction !

Elle a compris aussi le jeu malin du ballon qui peut s’échapper, s’orienter sournoisement vers l’adversaire ou refuser d’obéir à la réception. Quelquefois, il lui prend subitement l’envie de faire une courbe quand on le brosse sur le côté et sa trajectoire est alors imprévisible.

 

Retrouver sa liberté

Ce ballon a une vie, à lui tout seul, mais il faut bien le connaître pour savoir le guider et pour qu’il réponde un peu mieux à ce qu’on lui demande. Mais finalement il est plus maîtrisable et prévisible que les adultes, que ses agresseurs. Elle a découvert le sport.

football

Dans ce cadre, Zawidi se sent valorisée. Elle n’est plus toute seule. Mais, surtout, elle s’enrichit, car non seulement son corps exprime un bien-être, mais aussi, paradoxalement, elle se sent davantage libre. Elle sait que, grâce au sport, des milliers de jeunes ont trouvé une liberté, leur liberté.

Zawidi crie sa joie de « se sentir libre ». Zawidi a réussi grâce au football à devenir une nouvelle « guerrière ». Celle qui, avec ses amies, a décidé de gagner tous les matchs de sa vie et ceux qu’elles disputent avec les filles de la ville de Panzi.

Ainsi, le sport, avec sa diversité, avec les ressorts opposés qu’il fait jouer, avec ses exigences contraires, ses alternatives et ses renversements, mérite d’avoir une place d’honneur comme outil pédagogique. D’une part pour préparer les jeunes à s’alphabétiser et à apprendre un métier, mais aussi pour permettre aux jeunes filles abusées sexuellement comme arme de guerre, au Congo, et dans beaucoup de pays en guerre ou en post-conflits, de se reconstruire et de s’émanciper. Oui, le sport est éducation, la plus concrète, la véritable : celle du caractère et parfois de la reconstruction.

Notre jeune Zawidi va retourner dans son village proche de Bukavu, dans sa famille qui pourra l’accueillir car non seulement elle aura retrouvé une image du corps reconstruite mais aussi reçue une formation en couture et une machine à coudre qui lui permettra de mener quelques travaux sur le marché et dans une boutique, ce qui lui donnera une autonomie financière et donc le respect de ses proches.

 

 

voix de l'ombreLivre du même auteur :  Marie-José Lallart, Pinto Corbin Odile, La voix de l’ombre, Bien au-delà de la poésie, l’Harmattan, 21/12/2023

Ce livre est un recueil de poèmes et de textes émanant d’une femme engagée.

 


Logo de l'hebdo Sport et SociétéCet article est publié dans le cadre du format « hebdo Sport et Société », chaque vendredi, abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir le prochain article dans votre boite mail !

 

Lire le précédent article de la semaine :

drapeauxLa descente des drapeaux, symbole d’un sport audacieux et responsable engagé vraiment pour la Paix

Philippe Housiaux revient le principe d’une Trêve olympique lors des Jeux de Paris soutenu par une résolution des Nations Unies adoptée fin Novembre.





Sport et citoyenneté