Dans le cadre de la campagne électorale, Sport et Citoyenneté a présenté une série de convictions et d’orientations pour renforcer la place du sport dans la société.

Dans le prolongement de cette réflexion, notre Think tank a interrogé les candidats à l’élection présidentielle ainsi que plusieurs parties prenantes sur leur vision du sport et sa place dans le débat politique actuel. Une série d’entretiens que nous vous proposons de découvrir dans cette rubrique.


« Le sport sera un droit accessible à toutes et tous que s’il y a une avancée du pouvoir d’achat et du temps libre »

Interview de Fabien Roussel, candidat à l’élection présidentielle 2022

Le sport occupe une place centrale dans notre société, il se situe au carrefour de nombreuses politiques publiques (santé, éducation, aménagement du territoire…), pourtant son poids politique demeure encore accessoire. Quelle est votre vision du sport et la place que vous lui donnerez si vous êtes élu Président de la République ?

FR : A l’heure où nous allons accueillir les jeux Olympiques et Paralympiques, le sport ne doit plus être la 5e roue du carrosse des politiques publiques. C’est l’une des priorités de la France des jours heureux. La pratique du sport participe au bonheur, à l’émancipation de toutes et tous. Il faut mettre tous les moyens pour le sport soit un droit accessible à toutes et tous. C’est pour cela que nous remettrons un ministère des sports de plein exercice, que nous renforcerons ses moyens et que nous consacrerons 1% du budget de la Nation au sport. Le programme de la France des jours heureux s’attaque à la racine des problèmes : le manque de temps libre, le coût de la pratique, le manque d’installations sportives, l’absence ou un mauvais encadrement ou encore les stéréotypes culturels. Le sport sera un droit accessible à toutes et tous que s’il y a une avancée du pouvoir d’achat et du temps libre. Le programme des jours heureux met en priorité l’augmentation des salaires, des minimas sociaux et des pensions, la retraite à 60 ans à taux plein, la semaine de travail à 32h et la sécurisation de l’emploi et de la formation.

Notre pays traverse une crise sanitaire inédite, dont les effets demeurent encore difficiles à mesurer. Le sport a particulièrement souffert lors de cette période (impact sur le nombre de licences, sur l’engagement bénévole, sur les recettes économiques des clubs professionnels…). Quelles mesures concrètes mettrez-vous en œuvre pour relancer le sport à la rentrée 2022/2023 ?

FR : La crise sanitaire a agi comme un accélérateur des fractures déjà existantes et un révélateur de besoin en matière de politique sportive. Certaines fédérations ont perdu beaucoup d’adhérents, en particulier le sport scolaire et les associations des quartiers populaires.

Il faut lancer un plan d’urgence pour le sport dès le début du quinquennat avec le doublement immédiat des crédits dédiés au sport dès le début du quinquennat (2 milliards d’euros) pour atteindre progressivement 1% du budget soit 3 milliards d’euros par an. La priorité sera donnée aux associations sportives et aux collectivités pour relancer l’offre sportive sur notre territoire, avec des critères d’objectifs visant à réduire les inégalités.

Nous remplacerons le Pass’Sport par une aide à l’inscription en club pour toutes et tous à hauteur de 50% de la cotisation sur critères sociaux (quotient familial) quel que soit l’âge. Cette aide reposera sur un système de gestion simplifié pour les clubs en concertation avec les collectivités locales et les directions départementales du ministère des sports. Elle sera plafonnée sur la base de la cotisation moyenne en France.

Nous lancerons un grand plan de rattrapage des équipements sportifs pour les collectivités territoriales avec 1000 nouvelles piscines et 1000 nouveaux complexes sportifs ou salles spécialisées et terrains de jeux. Pour répondre aux besoins, nous devons aménager le territoire en fonction des lieux de vie ; « école, travail et domicile » pour inscrire la pratique sportive dans la proximité et le quotidien de la vie. Nous aiderons les collectivités territoriales à financer les rénovations et les nouvelles réalisations.

Une autre crise sanitaire couve, celle liée à l’augmentation des temps sédentaires et à la baisse des niveaux d’activité physique. Comment comptez-vous traiter cet enjeu lors des cinq prochaines années ?

FR : Après la crise sanitaire, le sport apparait comme un enjeu incontournable de santé publique notamment avec l’augmentation des prescriptions de sport sur ordonnance. Beaucoup de personnes diront : « le sport c’est d’abord la santé ! ». C’est essentiel pour l’entretien physique, pour être bien dans son corps et dans sa tête. Mais nous ne pouvons pas réduire les activités physiques et sportives à cette seule vision hygiéniste. Le sport c’est bien plus que « bouger » 30 minutes par jour. D’autres dimensions d’ordre culturel, social, économique font que les activités physiques et sportives sont fondamentales pour le développement de l’être humain. Cela passe par l’apprentissage et donc la nécessité de faire de l’éducation physique et sportive un socle de connaissance prioritaire à l’école. L’accès à une culture sportive pour toutes et tous passe par le respect de 3 à 5 heures d’EPS par semaine de la maternelle à l’université, avec le doublement des recrutements des professeurs d’EPS, le retour des épreuves d’EPS aux examens qui ont été supprimées. Chaque élève partira en classe de découverte à dimension sportive dans sa scolarité. Nous créerons un brevet sportif populaire à la sortie du CM2 et de la 3e pour tous les élèves. Nous augmenterons le nombre de classes aménagées pour le sport au collège et au lycée. Nous rendrons obligatoire la création d’une association sportive scolaire dans chaque établissement scolaire du primaire à l’université. Un module d’EPS sera obligatoire à l’université et dans les BTS. Nous proposons la banalisation du jeudi après-midi dans l’enseignement supérieur pour le sport universitaire. Nous nous appuierons sur les SUAPS pour développer la présence du sport dans l’enseignement supérieur.

De nombreux événements sportifs internationaux seront organisés en France au cours du prochain quinquennat. Au-delà de leur impact économique, comment être sûr de réussir leur héritage social ? Êtes-vous favorable au développement d’outils permettant d’évaluer avec précision les impacts de ces événements ?

FR : Oui je suis favorable à l’évaluation mais par le service public et non par des cabinets de conseil qui coûtent cher à l’Etat et qui en plus ne payent pas d’impôts en France !

Je suis pour un ministère des Sports de plein exercice avec les moyens d’agir en personnel et en budget. C’est son rôle d’anticiper et d’évaluer l’impact des grands évènements sportifs et de mettre en œuvre, avec les collectivités locales, des programmes de développement du sport en lien avec les évènements. Je propose d’ailleurs de créer un observatoire des inégalités territoriales en matière d’accès au sport au sein du ministère des Sports.

L’héritage, c’est ce que nous aurons construit et qui restera après les Jeux. Il faut investir dès maintenant pour l’accueil des futurs pratiquants dans les clubs. C’est l’objet du plan d’urgence et d’équipement du territoire que nous proposons.

Vu le contexte international, Paris 2024 doit être une grande fête populaire pour la paix dans le monde, c’est l’essence des Jeux. La culture de paix doit être une priorité. Nous devrions par exemple soutenir les projets d’échanges et de coopération entre les jeunes sportifs et sportives. Nous pourrions par exemple dès maintenant lancer un appel à projet dans les collèges et lycées « Je joue, je rencontre le monde » pour des échanges internationaux autour du sport.

Enfin, regarder du sport à la télévision est devenu inabordable, la plupart des compétitions étant diffusées sur des chaines payantes. Nous élargirons le décret du 22 décembre 2004 obligeant la diffusion en clair de certaines compétitions. Nous favoriserons en particulier le sport féminin et les sports peu exposés.





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