« Rendre le sport plus égalitaire pour les femmes et les jeunes filles »

Ancienne députée européenne, Emine Bozkurt a beaucoup travaillé sur les droits civils, l’égalité des sexes et surtout sur le sport. Aujourd’hui, en tant que présidente du groupe de haut niveau sur l’égalité des sexes dans le sport, elle présente le plan d’action et les recommandations présentés en 2022.

Propos recueillis par Simon Laville

 

Pourquoi avez-vous ressenti la nécessité d’élaborer un tel plan d’action à ce moment-là ?  Selon vous, pourquoi le sport est-il un outil si important ?

Le sport est le reflet de la société et devrait donc être accessible à tous. Le sport a la capacité de renforcer l’autonomie des femmes et des filles, et la participation au sport a une incidence sur la participation à d’autres secteurs de la société. Ainsi, si l’égalité des sexes n’existe pas dans le sport, cela se répercutera sur ce qui se passe dans la société.

La participation des femmes au sport et l’égalité de traitement à tous les niveaux figurent parmi les principales priorités de la Commission européenne, mais la concrétisation de l’égalité des sexes reste un processus en évolution constante. Le commissaire Gabriel a lancé le groupe de haut niveau sur l’égalité des sexes dans le sport en 2021. Il était nécessaire de produire un nouveau rapport et un nouveau travail sur l’égalité des sexes dans le sport afin d’aller plus vite et d’accélérer le rythme des réformes. Le travail des experts débouchera sur des actions concrètes au niveau local, national et européen.

Quels sont les principaux points du rapport ?

Le plan d’action est structuré en deux parties. La première partie est consacrée à 8 thèmes transversaux. Nous avons développé ces huit sujets, afin de collecter des données et d’avoir une vue d’ensemble sur le sujet.  La seconde partie porte sur six domaines thématiques clés d’engagement et est divisée en trois parties : présentation de la situation actuelle, recommandations et propositions d’action pour les parties prenantes, à savoir la Commission européenne, les États membres de l’UE, les fédérations sportives et les organisations régissant le sport amateur. L’idée est que lorsque vous examinez les six domaines thématiques clés, il est important de garder à l’esprit les huit recommandations transversales. Dans chaque domaine thématique, certaines recommandations ou « voies à suivre » sont directement liées à ces recommandations.

« Le travail des experts débouchera sur des actions concrètes au niveau local, national et européen. »

Que proposez-vous pour encourager la participation des femmes aux activités physiques et sportives ? Quels sont les liens avec le leadership des femmes ? 

Selon l’Eurobaromètre sur le sport et l’activité physique, les femmes sont moins susceptibles que les hommes de pratiquer du sport en Europe. Même si des différences significatives existent entre les États membres, la participation des femmes au sport est toujours inférieure à celle des hommes. Selon la littérature scientifique récente, cet écart entre les sexes est dû à des obstacles pratiques, personnels et socioculturels. Pour parvenir à une participation égale dans le sport, nous avons élaboré 4 recommandations : « Intégrer l’égalité des genres dans toutes les politiques et stratégies sportives » ; « Créer des plans d’action en faveur de l’égalité des genres et affecter des fonds à l’amélioration des possibilités pour les jeunes filles et les femmes de pratiquer un sport ». « Garantir l’égalité d’accès aux ressources » ; « Suivre et évaluer les progrès et la mise en œuvre ».

Aussi, pour parvenir à une participation égale, nous devons agir sur le leadership des femmes. En effet, les différentes luttes pour atteindre l’égalité doivent émaner du sommet et les actions doivent être initiées par les responsables des organisations sportives. Ainsi, un plus grand nombre de femmes à la tête d’une organisation sportive ne peut être que bénéfique, afin de représenter les femmes à chaque échelon.

Notre revue se concentre sur la prévention et à la lutte contre les violences sexistes sexuelles dans le sport. Quelles sont vos recommandations à ce sujet ?

Aujourd’hui, c’est l’un des sujets prioritaires car la violence fondée sur le genre est présente dans le sport et en dehors, et doit donc être traitée en priorité. La violence fondée sur le genre peut être physique, sexuelle ou psychologique, et ce sont davantage les femmes que les hommes qui en sont victimes. Il est essentiel de créer un environnement sûr. Il est important de prendre des mesures adéquates telles que la mise en œuvre de programmes d’éducation et de prévention à tous les niveaux. De même, les dirigeants, en tant que leaders sportifs dans les organisations, doivent s’engager à mettre fin au harcèlement et à la violence sexuelle.  Les données sont également importantes pour suivre l’évolution de la situation. Les mécanismes de dénonciation doivent être repensés, ainsi qu’une meilleure collaboration entre les différents acteurs et parties prenantes, afin de faciliter un échange de bonnes pratiques.

Et enfin, allez-vous évaluer l’efficacité de ce plan ?

Nous souhaiterions en effet évaluer l’efficacité de ce plan d’action. Tout d’abord, nous voulons mettre l’accent sur l’importance de la communication, obtenir des retours sur son format, ses lignes directrices, etc. Jusqu’à présent, nous avons reçu beaucoup de commentaires positifs sur la structure du document, sa lisibilité et sa facilité d’utilisation. Nous avons également insisté pour que le document soit traduit dans toutes les langues des États membres afin qu’il puisse être partagé et lu par tous.


Lire la revue n°54 :

PRÉVENIR LES VIOLENCES SEXUELLES ET PROTÉGER LES PUBLICS





Sport et citoyenneté