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“Nous commençons seulement à libérer tout le potentiel du football féminin" - Sport et citoyenneté

“Nous commençons seulement à libérer

tout le potentiel du football féminin »

 

La Coupe du monde féminine de la FIFA, France 2019TM va débuter dans moins d’un mois. A l’aube de cet évènement marquant, nous avons rencontré trois des femmes à la tête du football féminin à la FIFA : Fatma Samoura, Secrétaire Générale, Joyce Cook, Directrice de la Division « Associations membres » de la FIFA et Sarai Bareman, Directrice du Football Féminin. Elles ont insisté sur les progrès qui ont été réalisés, présenté la stratégie globale et ont fait preuve d’optimisme quant à l’avenir du football féminin en mettant l’accent également sur l’impact qu’il peut avoir en dehors du terrain.

 

Propos recueillis par Julian JAPPERT et Célia LE NENAN

 

 

Mme Samoura, vous êtes la première femme à occuper le poste de Secrétaire Générale de la FIFA, ce qui équivaut en quelque sorte à être la patronne du football mondial. Avant le début de cette compétition phare, dans quelle situation se trouve le football féminin ?

Fatma Samoura : Donner un aperçu concis de l’état du football féminin est une tâche compliquée, puisqu’il y a une multitude de dimensions : le jeu en soi, les aspects financiers, la couverture médiatique, les supporters, les sujets sociétaux, le travail de terrain, le cadre de référence dans son ensemble… Cependant même si nous avons fait déjà beaucoup de progrès, il y a encore beaucoup à faire. C’est une priorité absolue de la FIFA, qui a été renforcée par la publication de la Stratégie globale pour le football féminin, qui couvre tous les sujets et qui servira de base pour les développements futurs. Le tournoi qui arrive est déjà la 8e édition de la Coupe du Monde de la FIFA. Le développement a été rapide dans une période relativement courte – et nous pouvons certainement nous attendre à des progrès plus larges et durables dans les années à venir.

 

Attendre l’année 2018 pour que l’organisation mondiale du football lance sa première Stratégie globale pour le football féminin peut sembler tardif…

Sarai Bareman : En apparence, cela peut donner cette impression, mais n’oublions pas tous les efforts faits par la FIFA pour soutenir le football féminin depuis des décennies. Avant même la première édition de la Coupe du Monde de la FIFA en 1991, il y a évidemment eu des stratégies mises en place pour le développement et la promotion du football féminin ; elles n’étaient juste pas publiées. Au contraire d’aujourd’hui, cependant, le football féminin n’était pas identifié comme une priorité, cela restait plutôt secondaire dans le contexte du football en général. Entretemps, le développement a été révolutionnaire : le nombre de joueuses et de compétitions a augmenté de manière spectaculaire, le niveau de jeu s’est sensiblement amélioré et l’intérêt du public est grandissant – nous attendons plus d’un milliard de téléspectateurs pour cet été. C’est une augmentation de plus d’un tiers comparé à la dernière édition il y a quatre ans. Et je n’exagère pas quand je dis que nous commençons à peine à libérer tout le potentiel du football féminin.

Ce que nous cherchons à accomplir avec la mise en œuvre de la Stratégie globale pour le football féminin, c’est de développer et de faire grandir le football féminin sur et en dehors du terrain, de mettre en valeur le jeu en améliorant les compétitions, d’élargir la couverture médiatique et la valeur commerciale du sport, d’institutionnaliser le football féminin, de promouvoir une meilleure égalité des genres et de cultiver les impacts positifs que le sport peut avoir sur les femmes et les jeunes filles. Nous voulons plus de filles dans le football dès le plus jeune âge et plus de femmes impliquées dans le jeu sur le long terme pour qu’elles puissent profiter des bénéfices sociaux du football.

 

Étant donné les chiffres que vous mentionnez, certains pourraient être sceptiques quant à votre optimisme et se demander si le football féminin n’a pas déjà atteint son plafond ?

Joyce Cook : Nous avons déjà atteint certains objectifs essentiels, c’est vrai, et nous en sommes fiers. Cependant, comme nous l’avons déjà dit, il y a encore de vastes opportunités non exploitées et le potentiel du football féminin s’étend bien au-delà du terrain. En le rendant plus accessible aux filles et aux femmes, nous supportons leur autonomisation et, ce faisant, nous contribuons entre autres à la cohésion sociale. La FIFA compte 211 associations membres et, à l’heure actuelle, seul un petit nombre propose des compétitions pour les filles et les femmes. Mais cela évolue. D’ici 2022, toutes les associations membres sont tenues d’avoir une Stratégie spéciale pour le football féminin, et de compter des femmes dans leurs comités directeurs. De plus, le FIFA Forward Development Programme 2.0 Regulations encourage vivement l’organisation de compétitions au niveau national pour les jeunes filles et les femmes. D’ici 2026, le nombre de joueuses dans le monde devrait atteindre les 60 millions, soit deux fois plus que le nombre que l’on avait en 2016 lorsque nous mentionnions pour la première fois cet objectif dans le cadre de la feuille de route globale de la FIFA, FIFA 2.0: The Vision for the Future.

 

« En le rendant le football plus accessible aux filles et aux femmes, nous supportons leur autonomisation »

 

Promouvoir et développer le football féminin est une tâche exigeante. La FIFA est-elle bien placée pour se concentrer sur ce secteur émergent ?

FS : C’est exigeant dans certains endroits du monde, à cause des structures sociales par exemple, qui ne sont pas propices à un développement sans accrocs du football féminin. D’un autre côté, il y a une demande énorme : partout dans le monde, des jeunes filles et des femmes veulent pouvoir jouer. C’est une préoccupation majeure et une grande source de motivation : à travers le football, on peut atteindre aussi des objectifs de développement hors du terrain.

Ces dernières années, nous avons renforcé notre institution, et en ce qui concerne les mécanismes de gouvernance, nous sommes maintenant à l’avant-garde dans l’industrie du sport. Une des mesures prises fut la mise en place d’une Division du football féminin, que dirige Sarai. Elle amène beaucoup d’expérience à la FIFA. En plus de l’être sur le terrain, les femmes sont de plus en plus nombreuses à la FIFA : nous représentons déjà 43% des équipes. Si vous aviez cherché à interroger des directrices générales lors de la dernière Coupe du Monde il y a quatre ans, vous n’en auriez pas trouvé une seule. Aujourd’hui, vous avez à la FIFA plus de femmes à des positions-clés que jamais auparavant. De plus, nous avons introduit un certain nombre d’exigences concernant le nombre de femmes présentes dans notre comité de surveillance et de stratégie, le FIFA Council, et nos 9 comités. Nous avons intégré des éléments spécifiques au football féminin, que Joyce a déjà mentionnés, dans notre programme de développement, FIFA Forward, à travers lequel nous soutenons nos associations membres et les confédérations d’un point de vue financier et d’apport d’expertise. La réponse est donc un oui franc : nous sommes bien préparées à travailler au développement futur du football féminin.

 

Vous avez mentionné les bénéfices du football féminin en dehors du terrain. D’un point de vue sociétal, à quoi le football peut-il contribuer ?

JC : Nous sommes convaincus que le football est un outil puissant. Le jeu peut éliminer des obstacles. Un exemple est notre nouveau Football for Schools Programme, à travers lequel nous espérons toucher plus de 700 millions de filles et de garçons à travers le monde. Nous allons distribuer plus de 11 millions de ballons de football à travers nos 211 associations membres et proposer un programme qui peut être inclus dans n’importe quel cadre scolaire ou extrascolaire. Nous croyons que le football peut enseigner des compétences essentielles et ainsi contribuer au développement, à la santé, à l’éducation et à l’émancipation des enfants. Pour ce programme, nous avons signé des conventions innovantes avec l’UNESCO et le Programme Alimentaire Mondial, et les projets pilotes débutent tout juste. Un autre exemple est ce que nous faisons pour la protection des enfants : la FIFA a fait de ce sujet l’une de ses priorités et a mis en place en 2018 un groupe de travail (Child Protection and Safeguarding Expert Working Group) avec des participants de la communauté du football et des organisations internationales, comprenant le Conseil de l’Europe, l’UNICEF ou encore Safe Sports International. Le but de ce groupe de travail est d’aider au développement d’un programme de protection des garçons et des filles dans le football avec l’aide de nos associations membres. Nous avons aussi récemment nommé pour la première fois à la FIFA un responsable pour ces questions (Child Safeguarding Manager) et allons lancer une boîte à outils (FIFA Child Safeguarding Toolkit) et des programmes de formation pour nos associations membres en juillet cette année.

Nos associations membres jouent également un rôle déterminant pour amener le football féminin dans une autre dimension : elles connaissent les circonstances locales et peuvent mettre en place des projets sur mesure dédiés aux filles et aux jeunes femmes à travers le Forward Programme. Nous travaillons de concert avec elles pour faire en sorte que nos efforts aient le plus fort impact possible.

 

« Nous sommes convaincus que le football est un outil puissant »

 

En matière d’héritage, qu’attendez-vous plus spécifiquement de la Coupe du Monde à venir ?

SB : Comme nous l’avons évoqué précédemment, cela va être une Coupe du monde des superlatifs en tous points : niveau de jeu, affluences, exposition médiatique, portée, etc. Sans aucun doute, cela va avoir un impact et susciter une prise de conscience partout dans le monde. En parlant de nouveaux sommets, comparé à la dernière édition, la FIFA a doublé le prize money pour ce tournoi. Nous sommes aussi très impatients d’inaugurer la Convention pour le football féminin les 6 et 7 juin prochains, juste avant le début du tournoi. Le but de cet évènement est de rassembler les parties prenantes du monde du football et des décideurs politiques venant du monde entier pour utiliser le football comme une force puissante pour apporter un changement sociétal, lutter contre les inégalités et aider à l’émancipation des filles et des femmes dans le monde.

FS : « Héritage » est un terme vaste, mais il y a un élément sur lequel j’aimerais insister : nous sommes confiants sur le rôle qu’aura cette Coupe du monde pour aider à poser les bases d’un changement de perception du football féminin et de son rôle potentiel dans l’évolution de notre société. Avec le développement du sport et une plus grande tolérance, il y aura un effet boule de neige qui va bénéficier à tous : pas seulement aux filles et aux femmes mais aussi à la société dans son ensemble. Et, dernier point mais non des moindres, les préparatifs avant la compétition ont déjà eu un impact considérable : grâce à cet élan, nous avons reçu neuf inscriptions pour le processus de candidature pour la prochaine Coupe du monde féminine en 2023, un record.

 

www.FIFA.com

 

Retrouvez cet article dans la revue Sport et Citoyenneté n° 46 Sport et Genre





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